Kitabı oku: «Милый друг. Уровень 1 / Bel-Ami», sayfa 8
Il n'avait plus rien à faire jusqu'à trois heures; et il n'était pas encore midi. Il lui restait en poche six francs cinquante: il alla déjeuner au Bouillon Duval. Puis il rôda sur le boulevard; et comme trois heures sonnaient, il monta l'escalier deLa Vie Française.
Duroy demanda:
– M. Walter, s'il vous plaît? L'huissier répondit:
– M. le directeur est en conférence. Si monsieur veut bien s'asseoir un peu.
Et il indiqua le salon d'attente, déjà plein de monde. Cependant on ne faisait entrer personne, et plus de vingt minutes s'étaient écoulées.
Alors Duroy eut une idée, et, retournant trouver l'huissier:
– M. Walter m'a donné rendez-vous à trois heures, dit-il. En tout cas, voyez si mon ami M. Forestier n'est pas ici.
Alors on le fit passer par un long corridor qui l'amena dans une grande salle où quatre messieurs écrivaient autour d'une large table verte.
Forestier, debout devant la cheminée, fumait une cigarette en jouant au bilboquet. Il comptait: «Vingt-deux, vingt-trois, vingt– quatre, vingt-cinq.
Duroy prononça: «Vingt-six.» Et son ami leva les yeux, sans arrêter le mouvement régulier de son bras.
– Tiens, te voilà! Viens avec moi, je vais t'introduire chez le patron, sans quoi tu pourrais moisir jusqu'à sept heures du soir29.
Ils retraversèrent le salon d'attente, où les mêmes personnes demeuraient dans le même ordre. Puis, ayant poussé deux portes, ils pénétrèrent chez le directeur.
La conférence, qui durait depuis une heure, était une partie d'écarté avec quelques-uns de ces messieurs à chapeaux plats que Duroy avait remarqués la veille.
M. Walter tenait les cartes et jouait avec une attention concentrée et des mouvements cauteleux, tandis que son adversaire abattait, relevait, maniait les légers cartons coloriés avec une souplesse, une adresse et une grâce de joueur exercé. Norbert de Varenne écrivait un article, assis dans le fauteuil directorial, et Jacques Rival, étendu tout au long sur un divan, fumait un cigare, les yeux fermés.
Forestier serra les mains des parieurs debout derrière les joueurs, et sans dire un mot regarda la partie; puis, dès que le père Walter eut gagné, il présenta:
– Voici mon ami Duroy.
Le directeur considéra brusquement le jeune homme de son coup d'œil glissé par-dessus le verre des lunettes, puis il demanda:
– M'apportez-vous mon article? Ça irait très bien aujourd'hui, en même temps que la discussion Morel.
Duroy tira de sa poche les feuilles de papier pliées en quatre. Forestier promit que l'article était de bonne qualité et qu'on pouvait engager Duroy pour remplacer Marambot.
Et prenant le bras de son ami, le journaliste l'entraîna pendant que M. Walter se remettait à jouer.
Dès qu'ils furent rentrés dans la salle de rédaction, Forestier retourna prendre immédiatement son bilboquet, et, tout en se remettant à jouer et en coupant ses phrases pour compter les coups, il dit à Duroy qu'il devrait venir tous les jours à trois heures et en plus faire des visites pour recevoir les information pour les articles.
Puis il ne fit plus attention qu'à son jeu, et il continua à compter lentement – neuf – dix – onze – douze – treize.
Duroy but un verre de bière avec ses nouveaux confrères, puis il demanda à son ami:
– Que faut-il que je fasse? L'autre répondit:
– Je n'ai rien pour toi aujourd'hui. Tu peux t'en aller si tu veux.
– Et… notre… notre article… est-ce ce soir qu'il passera?
– Oui, mais ne t'en occupe pas: je corrigerai les épreuves. Fais la suite pour demain, et viens ici à trois heures, comme aujourd'hui.
Et Duroy, ayant serré toutes les mains sans savoir même le nom de leurs possesseurs, redescendit le bel escalier, le cœur joyeux et l'esprit allègre.
IV
Georges Duroy dormit mal, tant l'excitait le désir de voir imprimé son article. Dès que le jour parut, il fut debout, et il rôdait dans la rue bien avant l'heure où les porteurs de journaux vont, en courant, de kiosque en kiosque.
Alors il gagna la gare Saint-Lazare, sachant bien queLa Vie Française y arriverait avant de parvenir dans son quartier. Comme il était encore trop tôt, il erra sur le trottoir.
Il vit arriver la marchande, qui ouvrit sa boutique de verre, puis il aperçut un homme portant sur sa tête un tas de grands papiers pliés. Il se précipita: c'étaientLe Figaro, le Gil-Blas, Le Gaulois, L'Événement, et deux ou trois autres feuilles du matin; mais La Vie Française n'y était pas.
Une peur le saisit. «Si on avait remis au lendemainLes souvenirs d'un chasseur d'Afrique, ou si, par hasard, la chose n'avait pas plu, au dernier moment, au père Walter?»
En redescendant vers le kiosque, il s'aperçut qu'on vendait le journal, sans qu'il l'eût vu apporter30. Il se précipita, le déplia, après avoir jeté les trois sous, et parcourut les titres de la première page. Rien. Son cœur se mit à battre; il ouvrit la feuille, et il eut une forte émotion en lisant, au bas d'une colonne, en grosses lettres: Georges Duroy. Ça y était! quelle joie!
Il pensa: «Que vais-je faire maintenant?» Et il se décida à aller à son bureau toucher son mois31 et donner sa démission. Il tressaillait d'avance de plaisir à la pensée de la tête que feraient son chef et ses collègues. L'idée de l'effarement du chef, surtout, le ravissait.
Il marchait lentement pour ne pas arriver avant neuf heures et demie, la caisse n'ouvrant qu'à dix heures.
Dès qu'il fut entré, le sous-chef, M. Potel, l'appela:
– Ah! c'est vous, monsieur Duroy? Le chef vous a déjà demandé plusieurs fois. Vous savez qu'il n'admet pas qu'on soit malade deux jours de suite sans attestation du médecin.
Duroy, qui se tenait debout au milieu du bureau, préparant son effet, répondit d'une voix forte:
– Je m'en fiche un peu32, par exemple!
Il y eut parmi les employés un mouvement de stupéfaction, et la tête de M. Potel apparut, effarée, au-dessus du paravent qui l'enfermait comme une boîte. L'effet, du reste, était complet. Personne ne bougeait.








