Kitabı oku: «Избранные новеллы. Уровень 1 / Les Nouvelles Choisis», sayfa 4
– Ce n’est pas moi, madame, qui ai vendu cette rivière; j’ai dû seulement fournir l’écrin.
Alors ils allèrent de bijoutier en bijoutier, cherchant une parure pareille à l’autre.
Ils trouvèrent, dans une boutique du Palais Royal, un chapelet de diamants qui leur parut entièrement semblable à celui qu’ils cherchaient32. Il valait quarante mille francs. Ils prièrent donc le joaillier de ne pas le vendre avant trois jours33.
Loisel possédait dix-huit mille francs que lui avait laissés son père. Il emprunterait le reste.
Quand Mme Loisel reporta la parure à Mme Forestier, celle-ci lui dit, d’un air froissé:
– Tu aurais dû me la rendre plus tôt, car, je pouvais en avoir besoin.
Elle n’ouvrit pas l’écrin, ce que redoutait son amie.
Mme Loisel connut la vie horrible des nécessiteux. Il fallait payer cette dette effroyable. Elle payerait.
Elle connut les gros travaux du ménage, les odieuses besognes de la cuisine.
Il fallait chaque mois payer des billets, en renouveler d’autres, obtenir du temps.
Cette vie dura dix ans. Au bout de dix ans, ils avaient tout restitué.
Mme Loisel semblait vieille, maintenant. Elle était devenue la femme forte, et dure, et rude. Mal peignée, avec les mains rouges, elle parlait haut34, lavait à grande eau les planchers. Mais parfois, lorsque son mari était au bureau, elle s’asseyait auprès de la fenêtre, et elle songeait à cette soirée d’autrefois, à ce bal, où elle avait été si belle.
Un dimanche, comme elle était allée faire un tour35 aux Champs-Élysées pour se délasser des besognes de la semaine, elle aperçut tout à coup une femme qui promenait un enfant. C’était Mme Forestier, toujours jeune, toujours belle, toujours séduisante.
Mme Loisel se sentit émue. Allait-elle lui parler? Oui, certes. Et maintenant qu’elle avait payé, elle lui dirait tout. Pourquoi pas?
Elle s’approcha.
– Bonjour, Jeanne.
L’autre ne la reconnaissait point. Elle balbutia:
– Mais… madame!.. Je ne sais… Vous devez vous tromper.
– Non. Je suis Mathilde Loisel.
Son amie poussa un cri:
– Oh!.. ma pauvre Mathilde, comme tu es changée!..
– Oui, j’ai eu des jours bien durs, depuis que je ne t’ai vue; et bien des misères… et cela à cause de toi!..
– De moi… Comment ça?
– Tu te rappelles bien cette rivière de diamants que tu m’as prêtée pour aller à la fête du Ministère.








