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Kitabı oku: «Dharma: telles que sont les choses. Expérience vécue et réalisations d’un pratiquant spirituel. Volume I. L’Univers», sayfa 12
Liberté et unité: n'essayez pas de fuir votre propre ombre!
Alors, ce qui nous empêche de reconnaître notre vraie nature, ce sont les cinq agrégats en action. Faut-il donc les jeter, les détruire, s'en libérer? En réalité, c'est impossible. Imaginez que vous portiez aux poignets un symbole d'enchaînement: des menottes. Vous prenez conscience de votre non-liberté. Naturellement vous feriez tout pour vous en débarrasser. Et une fois les menottes ôtées et jetées loin de vous – vous êtes libre. Cependant, nos cinq agrégats ne sont pas de véritables menottes, et nul ne peut simplement s'en défaire.
Tout d'abord, tant que nous vivrons dans ce monde, les cinq agrégats seront avec nous; on ne peut pas les «mettre de côté» ou les faire disparaître. Bien sûr, en méditation, nous pouvons vivre un état de liberté vis-à-vis des cinq agrégats: par exemple, quitter le corps physique, en laissant derrière nous les sensations de ce monde grossier. Je décrirai ce processus dans le volume II, chapitres 1 et 2, et dans le volume III, chapitre 3. Mais même le plus profond Samâdhi prend fin, et nous revenons inévitablement dans notre corps physique et dans ce monde matériel.
Deuxièmement, au moment de la mort, les quatre premiers skandhas sont complètement dissous, mais toute l'information accumulée en eux est transférée dans le skandha n°5. Et ce cinquième agrégat – les données à l'état pur – est éternel. Il est impossible d'effacer ou de supprimer cette information, comme nous le faisons, par exemple, avec un fichier sur notre ordinateur. Si cette information était réellement effacée au moment de l'Illumination, tous les êtres éveillés, y compris le Bouddha Sakyamuni, seraient devenus comme une «tabula rasa»: ils auraient oublié qui ils sont, n'auraient aucune conscience de l'endroit où ils se trouvent, ne seraient pas capables de percevoir correctement ce qui se passe autour d'eux (puisque toute expérience passée aurait disparu). Mais, comme nous le voyons dans l'exemple du Bouddha, chez l'Éveillé, toute l'information passée demeure: Bouddha racontait à ses disciples sa vie de prince au palais, ses années d'ascèse, et se souvenait même de ses innombrables vies antérieures. Cela signifie qu'au moment de l'Éveil, il se produit quelque chose de tout à fait différent avec cette information accumulée en nous – ou, pour largement, avec nos cinq agrégats; ce n'est certainement ni une destruction, ni un effacement. Mais alors, que se passe-t-il réellement? Comment nous libérer des «menottes» que sont les cinq agrégats, s'il est impossible de simplement les jeter au loin, comme on le ferait avec de vraies menottes?
Permettez-moi d'illustrer cela à travers une vieille histoire concernant le Maître Zen Hyakujô Ekai (années de vie: 749–814):
«Un vieil homme, au milieu des moines, assistait chaque jour aux discours de Hyakujô sur le Zen. À la fin de chaque séance, les moines se retiraient, et lui aussi. Mais un jour, il resta seul avec Hyakujô après le départ des moines. Celui-ci lui demanda: «Qui es-tu?»
Le vieil homme répondit: «Je ne suis plus un être humain. Mais je le fus il y a bien longtemps quand le Bouddha Kâshyapa prêchait dans ce monde. J'étais un maître du Ch'an88 et je vivais sur cette montagne entourée de mes élèves. Un jour, l'un d'eux me demanda si l'homme illuminé était ou non encore soumis à la loi de cause à effet. Je lui répondis: «L'homme illuminé n'est pas soumis à la loi de cause à effet.» Mais ma réponse était la preuve d'un profond attachement, et je devins un renard pour cinq cents renaissances. Et je suis encore un renard aujourd'hui. Peut-être que tu pourras me délivrer de cet état par tes paroles, et ainsi je sortirai enfin de ce corps de renard. S'il te plaît, dis-moi si l'homme est soumis à la loi de cause à effet?
Hyakujô répondit: «L'homme illuminé est UN avec la loi de cause à effet.»
À ces mots, le vieil homme fut illuminé. Il rendit hommage à Hyakujô en disant:
«Me voilà délivré. Je ne suis plus un renard. Mais c'est dans ma demeure que je dois quitter mon corps, dans la montagne. Je te prie de bien vouloir célébrer des funérailles de moine.»89
Le Bouddha Kâshyapa était un Bouddha qui vint dans notre monde et prêcha le Dharma avant le Bouddha historique Sakyamuni. La loi de causation dont il est question ici, c'est la loi du karma (nous y reviendrons plus loin). Ainsi, la mauvaise réponse serait: «l'Illuminé est libéré de toute expérience passée», alors que la véritable formulation devrait être: «l'Illuminé ne fait qu'UN avec son expérience passée.» De quoi s'agit-il exactement ici? Notre conscience, comme nous l'avons déjà mentionné, ne peut exister que dans l'un des deux états distincts.
Le premier état, c'est celui dans lequel se trouvent presque tous les êtres humains – un état de mouvement constant. Essayer d'arrêter vos pensées: sans une pratique préalable appropriée, c'est impossible. La conscience se meut en permanence: lorsque nous sommes éveillés, c'est le mental de surface qui est actif; pendant le sommeil, c'est le subconscient. Un mouvement ininterrompu et, en fait, assez chaotique. Lorsque la conscience est en mouvement, elle s'attache inévitablement à tout ce qui se présente devant elle. C'est précisément le fonctionnement de la conscience qui active nos cinq agrégats, ainsi que les données qu'ils contiennent. Nous pouvons dire que les fonctions des skandhas 3–5 – la formation d'images mentales, le désir/répulsion et la discrimination – constituent le fonctionnement de notre conscience à plusieurs niveaux90. C'est donc en raison de cette conscience agitée que, dans le monde qui nous entoure, nous nous mettons à nous attacher à tout ce que perçoivent nos sens: ce que nous voyons, entendons. Et dans notre monde intérieur, nous sommes constamment confrontés à des images mentales, à des expériences passées et à toutes sortes d'informations, cela engendre une infinie chaîne de réminiscences, de regrets, de désirs, d'angoisses, d'émotions et ainsi de suite.
Dès que notre conscience en mouvement «saisit» un objet (extérieur ou intérieur), elle procède à sa discrimination. Cette discrimination s'appuie sur notre expérience passée et sur les informations accumulées – comme je l'ai expliqué précédemment. En conséquence, l'objet peut nous plaire ou non, c'est-à-dire que de cette discrimination découle soit de la joie, soit de la souffrance. Tous ces processus, dont nous venons de parler, sont décrits en détail dans la loi de la coproduction conditionnée, à laquelle le chapitre 4 de ce volume est consacré. Ce qui est important ici, c'est ceci: en raison du mouvement de la conscience, qui «s'accroche» aux objets et les distingue, nous ne sommes pas libres: tous ces objets – ou, autrement dit, les cinq agrégats – continuent à exercer une influence sur nous.
Cependant, notre conscience possède aussi un second état: l'état originel de Calme et de Contemplation. Le Calme est une paix absolue de la conscience, une sorte d'arrêt complet (plus d'informations à ce sujet dans le volume II, chapitre 1). La Contemplation, ou observation juste, signifie que notre conscience ne se met pas en mouvement lorsqu'une nouvelle information parvient de l'extérieur. Elle peut être comparée à un miroir parfaitement propre et lisse: il reflète n'importe quel objet sans aucune distorsion, tout en restant inchangé. C'est cela, l'état d'Éveil (ou d'Illumination). Et cette conscience éclairée – c'est notre conscience véritable. Pour reprendre la comparaison du miroir, on peut dire qu'un miroir sale – c'est notre conscience ordinaire en mouvement: incapable de refléter correctement un objet. Ainsi, le but de la véritable pratique spirituelle est de ramener notre conscience agitée et chaotique à son état originel de Calme et de Contemplation. Dans cet état, les cinq agrégats cessent de nous influencer – notre conscience cesse de «s'accrocher» à eux. C'est cela, la véritable liberté, mais elle ne s'obtient pas en «jetant» quelque chose, elle naît du retour de la conscience à son état originel de paix. Ainsi, nous éliminons «l'intermédiaire» – notre conscience en mouvement – entre nous-mêmes et l'objet. En conséquence, la séparation entre le soi et l'objet perçu disparaît, et en même temps, la distinction de l'objet en termes de «j'aime/je n'aime pas» s'efface aussi. Ainsi apparaît cette unité dont parlait le Maître Hyakujô: nous devenons réellement UN avec n'importe quel objet, car la conscience est immobile et ne s'accroche plus à aucun objet, ne le distingue plus, et par conséquent, nous sommes libérés de son influence. Cependant, exprimer cela par la logique ou le comprendre intellectuellement est impossible, tout comme il est impossible de «se voir soi-même».
Car si nous exprimons quelque chose, cela signifie que nous le distinguons, que notre conscience a fermement «saisi» cet objet que nous exprimons. Si je dis: «je suis libre de cette chose», cela signifie que je suis encore lié à elle: je me distingue de l'objet perçu, je le différencie, je lui appose une étiquette «j'aime/je n'aime pas», c'est-à-dire que je l'identifie et que je l'exprime par des mots. Ainsi, la liberté véritable (au sens littéral) face à l'expérience passée ou à quoi que ce soit n'existe pas – c'est là l'erreur du vieil homme qui s'adressa au Maître [Hyakujô]. C'est comme essayer de fuir sa propre ombre. La liberté ou la non-liberté est des résultats du discernement, produits d'un esprit dualiste, et donc des cinq agrégats agissant sur nous. Mais lorsque l'Illumination est réalisée, la conscience cesse son fonctionnement dualiste, et, par conséquent, l'expérience passée tout comme les nouvelles informations provenant de l'extérieur n'exercent plus aucun effet sur nous. L'état de conscience où l'expérience passée n'exerce plus aucune influence peut être appelé Calme. L'état de conscience où les nouvelles informations provenant de l'extérieur n'ont plus d'influence: c'est la Contemplation. Ensemble, le Calme et la Contemplation constituent notre état originel de conscience dans lequel nous sommes «conscients de nous-mêmes». La réalisation de cet état, où toute expérience passée est arrêtée et aucune nouvelle ne se forme, un état qui transcende complètement toute souffrance – voilà le but de la véritable pratique spirituelle.
Ainsi, notre véritable nature originelle ne connaît aucune multiplicité: elle est unité absolue, que l'on soit ignorant ou éveillé. La liberté réside donc dans l'unité de la conscience, et non dans son fonctionnement dualiste. Le Nirvâna est la paix (même si ce mot n'est pas tout à fait exact) de l'unique nature originelle.
III. La Loi du karma
Qu'est-ce que le karma et comment s'accumule-t-il?
Une description des trois mondes et des cinq agrégats resterait absolument incomplète sans l'explication de leur interaction, c'est-à-dire de la loi du karma.
De nombreux ouvrages ont été écrits sur ce sujet. Aujourd'hui, le mot karma est employé à tort et à travers, souvent sans en comprendre le sens véritable. La phrase la plus «géniale» que j'aie entendue à propos du karma est la suivante: «un destin cruel le poursuivait parce qu'il enfreignait constamment le karma.»
Tout d'abord, le mot karma peut être remplacé par l'expression «expérience formée». Un de mes amis sanskritistes a un jour fait une remarque très pertinente: le mot sanskrit karma (कर्म, karma) dérive du mot karman (कर्मन्, karman). Nous avons déjà constaté que certains mots sanskrits ont des racines communes avec des mots de la langue russe, comme «Bouddha» et «Éveillé», qui partagent une racine sémantique équivalente. Cependant, «karman»91 est particulièrement parlant: ce mot évoque une forme d'accumulation – comme un «sac» ou une «poche» – dans laquelle on dépose quelque chose; et pour y placer quelque chose, nous devons accomplir une action. D'ailleurs, en sanskrit, karman signifie littéralement «action» ou «acte», et karma désigne «activité», ou le fait d'agir.
Nous accomplissons trois types d'actions: par le corps – lorsque nous agissons physiquement; par la parole – lorsque nous exprimons quelque chose; et par la pensée – lorsque nous concevons quelque chose. Les actions physiques correspondent au monde des phénomènes, la parole au monde astral, et les pensées au monde causal. En accomplissant ces trois formes d'actions, nous faisons d'une part l'expérience de certaines choses, et d'autre part, nous accumulons de l'information. Par exemple, nous nous disputons avec quelqu'un. Dans ce cas, nous faisons l'expérience de notre propre souffrance, mais aussi de celle de notre interlocuteur. Cette souffrance provient de la haine ou de la colère, qui s'expriment par des paroles blessantes et des insultes réciproques. Autre exemple: lorsque nous parcourons des sites internet, nous acquérons une certaine expérience, mais ce n'est pas l'expérience vécue directement, c'est l'information elle-même. Par exemple, lorsque nous lisons des nouvelles, nous ne participons pas aux événements décrits, nous ne les vivons pas personnellement, mais nous recevons des informations à leur sujet.
Ainsi, toutes nos actions sont enregistrées (fixées, conservées) et s'accumulent dans nos cinq skandhas. Ces données comprennent à la fois l'expérience vécue et l'information acquise. Nous pouvons donc maintenant donner une définition précise et complète des cinq skandhas: ce sont les cinq agrégats de karma. Dans le Soûtra sur la mise en mouvement de la roue du Dharma, que j'ai cité dans l'introduction, le Bouddha dit: «Pañcupādādānakkhandhā dukkhā.» Panc, ou panca, signifie «cinq»; upâdâna: «attachement»92; khandhâ: «agrégat» ou «accumulations»; dukkhâ: «souffrance». Il en résulte que: «Les cinq agrégats d'attachement sont des souffrances» (la Première Noble Vérité). À quoi sommes-nous attachés? D'une part, au «récipient» lui-même, c'est-à-dire aux skandhas; et d'autre part, à leur «contenu»: les données accumulées et les fonctions qu'ils abritent.
Autrement dit, nous nous identifions à eux, nous sommes pris par eux et nous cherchons le plaisir à travers notre corps, nos sensations, nos images mentales, nos désirs et notre discernement. Nous sommes captifs et nous croyons à tort que toutes nos données et expériences sont notre véritable «moi»: «je me sens bien ou je me sens mal», «je veux ou je ne veux pas», «je pense que», et ainsi de suite.
Les données s'accumulent et nous affectent parce que nous nous y identifions, à cause de l'activité de la conscience93, et ces données deviennent alors l'objet de notre attachement. C'est ainsi que nous sommes agrippés par nos expériences passées, qui s'accumulent dans nos skandhas. L'attachement signifie que, ayant vécu quelque chose d'agréable, nous désirons le revivre encore et encore. Ayant vécu une expérience désagréable, nous voulons que cela ne se reproduise jamais. Il y a donc l'attachement (avidité) à ce qui est plaisant, et l'aversion (haine) envers ce qui a causé de la souffrance. Ce fonctionnement de la conscience est ce que l'on appelle attachement.
Ainsi, toutes les données qui s'accumulent à la suite de nos actions, paroles et pensées constituent notre karma.
Un autre point important est que le karma s'accumule indépendamment de notre volonté. C'est précisément pour cette raison que j'utilise le mot «accumuler» plutôt que «collecter» ou «cueillir» pour skandha. Par exemple, s'il pleut fortement, et qu'il y a un récipient à l'extérieur – disons une piscine – alors toute l'eau s'y accumulera automatiquement. S'il y a des polluants chimiques dans l'air, ils seront également présents dans l'eau accumulée. Si le vent, pendant une tempête de pluie, arrache des branches ou des feuilles aux arbres, ou soulève du sable ou de la boue, tout cela finira inévitablement dans l'eau accumulée. En d'autres mots, l'accumulation de quelque chose se produit indépendamment de notre volonté. En revanche, si vous cueillez des champignons, par exemple, vous avez le choix de ne pas cueillir les amanites tue-mouches toxiques, mais seulement ceux qui sont comestibles.
De la même manière, dans une situation ordinaire, nous ne pouvons pas choisir quelles données vont s'accumuler dans nos cinq agrégats – toutes les données issues à la suite de nos actions se retrouvent «installées» automatiquement dans ces cinq «récipients» de notre karma. Apprendre à maîtriser les données que nous accumulons est l'une des premières étapes d'une pratique spirituelle juste, comme je l'expliquerai plus loin.
Les cinq agrégats se forment par notre accumulation karmique à chaque instant. Il est donc naturel qu'ils puissent correspondre, par exemple, à notre monde des humains, ou encore à des mondes supérieurs ou inférieurs, comme celui des animaux. C'est semblable au changement de vêtements: nous pouvons revêtir des habits beaux et propres, ou bien des vêtements ternes et sales – il faut penser à notre karma (à l'information) qui forme nos cinq agrégats de la même manière.
«Lieux de stockage» du karma
Dire que «les cinq skandhas sont les agrégats de karma» est une bonne, mais pas tout à fait exacte définition, car chaque skandha a sa propre fonction spécifique.
La première composante de notre faux «moi», c'est la forme (rûpa), c'est-à-dire notre corps physique. Que le corps physique de tout être vivant soit un support de données, cela est devenu clairement évident après la découverte de l'acide désoxyribonucléique (ADN) – une macromolécule qui assure le stockage et la transmission d'informations biologiques de génération en génération, sous forme de code génétique. Il y a ici un aspect important auquel il faut prêter attention.
Imaginons un homme et une femme de grande taille. Selon la génétique, leur enfant a de fortes chances d'être lui aussi grand. On considère généralement qu'une personne de grande taille a des prédispositions sportives et peut devenir, par exemple, joueur de basket-ball, joueur de volley-ball ou gardien de but au football. Cependant, nous comprenons bien que toutes les personnes grandes ne deviennent pas joueurs de basket-ball ou gardiens de but. De la même manière, les enfants d'acteurs célèbres ne deviennent pas nécessairement célèbres eux-mêmes, ou même acteurs, tout court. En d'autres termes, l'ADN ne permet pas d'expliquer pourquoi, par exemple, chez de simples ingénieurs soviétiques, est né un fils qui, dès son plus jeune âge, s'est engagé dans une pratique spirituelle et a commencé à vivre une expérience méditative profonde – comme cela a été le cas pour moi. Car cela n'est pas déterminé par l'ADN hérité des parents, qui définit la taille ou la couleur des yeux, mais par le karma accumulé dans une vie antérieure. C'est ce karma qui forme les cinq éléments grossiers, qui à leur tour forment le corps physique à partir du matériel génétique des parents.
Notre corps physique est également fortement influencé par le karma que nous accumulons dans cette vie. Par exemple, si une personne est très gourmande et a un attachement excessif à la nourriture savoureuse, elle mangera beaucoup, ce qui entraînera du surpoids ou de l'obésité.
Ainsi, notre corps physique est la manifestation de trois types de données: l'information génétique transmise par nos parents, notre karma des vies antérieures, et le karma que nous avons accumulé dans notre vie actuelle. Pourtant, on considère généralement que notre corps physique est uniquement déterminé par l'ADN de nos parents, et rien d'autre. Or, rarement quelqu'un réfléchit à cette simple question: pourquoi avons-nous tous des parents différents, et, par conséquent, un ADN différent hérité d'eux? Qu'est-ce qui détermine cette différence? La réponse: cette différence est conditionnée par notre karma, accumulé dans notre vie précédente, ainsi que dans nos vies antérieures à celle-ci (nous en parlerons plus en détails dans le chapitre suivant).
Le deuxième skandha est celui des sensations (vedanâ). Les organes des sens sont les portes extérieures par lequelles les informations entrent en nous sous forme de sensations. Bien sûr, il est peu probable que nos organes sensoriels soient à proprement parler des réservoirs d'expériences passées. Néanmoins, l'œil d'un caméraman ou d'un photographe expérimenté «sait et se souvient» de la bonne composition d'un cadre; l'oreille d'un musicien professionnel ou d'un ingénieur du son «sait et se souvient» ce qu'est un bon son; et les muscles d'un maître en arts martiaux «savent et se souviennent» de la position du corps et de la sensation lors d'un coup bien exécuté. Autrement dit, nos expériences passées influencent nos organes des sens, en les affinant ou en formant certaines sensations.
Le troisième skandha – les représentations (sanjnâ), ou les informations stockées sous forme d'images – peut être considéré comme un point de transit ou un stockage intermédiaire des données. Pourquoi cela est ainsi, je l'expliquerai plus loin. Notons simplement pour l'instant que c'est à partir des représentations que commencent nos accumulations internes, celles qui conservent réellement les informations sur nos actions. Dans les représentations, les données de nos actions sont enregistrées sous forme d'images, que nous pouvons voir en rêve ou en méditation. Selon les actions que nous avons accomplies, ces images mentales peuvent nous être agréables ou nous tourmenter.
Le quatrième skandha joue un rôle important dans le processus d'accumulation et de manifestation ultérieure de notre karma. Comme je l'ai mentionné plus haut, le quatrième skandha s'appelle samskâra, ce qui se traduit par «expérience formée» et «forces motrices». En général, c'est samskâra qui est associé au karma, mais cela n'est pas tout à fait exact.
Imaginons un grand évacuateur à neige que nous appellerons «Samskâra». Il possède une large benne dans laquelle s'amasse la neige retirée de la route. Dans ce cas, on peut employer la définition de «l'expérience formée». Autrement dit, nous accomplissons des actions (la machine ramasse la neige), et nous accumulons de l'expérience (la neige s'accumule dans la benne de la machine). L'expérience que nous avons accumulée au cours de cette vie est maintenue dans notre quatrième skandha, c'est pourquoi on l'appelle «expérience formée». Cependant, la fonction principale de samskâra est de déplacer les expériences, tout comme la fonction principale d'un évacuateur à neige est d'enlever ou de déplacer la neige de la route. Le mot-clé ici est «déplacer». Cette fonction, c'est-à-dire le déplacement, s'appelle également samskâra, mais ici, la définition la plus appropriée serait plutôt «force motrice» que «expérience formée». Que déplace l'évacuateur à neige surnommé «Samskâra»? Que symbolise la neige dans cette allégorie? Elle symbolise notre karma, c'est-à-dire l'expérience que nous acquérons et accumulons à la suite de nos actions. Cette expérience s'accumule dans notre skandha n°4, exactement comme la neige s'accumule dans la benne de l'évacuateur à neige. Cependant, bien que l'évacuateur à neige puisse effectivement accumuler la neige, sa fonction principale reste le déplacement de cette neige. Alors, où l'évacuateur à neige «Samskâra» déplace-t-il notre expérience, ou notre karma? Il les déplace vers notre «banque» de données, ou vers notre «entrepôt principal» de données – c'est-à-dire dans le skandha n°5.
C'est précisément pour cette raison que j'ai dit précédemment que nous n'avons pas de choix lorsque nous accumulons et manifestons des expériences – cela ressemble à l'entrée de substances dans notre corps, qui va assimiler à la fois des vitamines bénéfiques et un poison dangereux. De la même manière, l'évacuateur à neige «Samskâra» ne se soucie pas du type d'expérience qu'il déplace dans notre monde causal – qu'il s'agisse d'expériences de souffrance infligées aux autres, ou de la joie que nous avons apportée aux gens autour de nous.
Les actions que nous accomplissons – qu'elles mènent à l'accumulation d'un mauvais karma ou à l'accumulation de vertus et de mérites – dépendent avant tout des informations contenues dans notre skandha n°5. L'information est première. C'est elle qui forme l'intention d'accomplir une action, ainsi que l'état de conscience dans lequel l'action est accomplie – ce qui est une condition essentielle, que j'expliquerai en détail plus loin. C'est pourquoi une pratique spirituelle juste commence par une étude approfondie du Dharma, qui nous permet d'avoir une vue juste94 de notre monde extérieur et intérieur, et par conséquent, d'avoir un fonctionnement juste de notre conscience.
Ainsi, le «principal entrepôt» de toutes nos données, y compris l'expérience et l'information, est le skandha n°5, ou vijnâna. Dans cet «entrepôt», il y a un «magasinier» qui trie les données et les distribue en fonction de la situation. C'est précisément cette fonction qui constitue vijnâna – la conscience discriminante, ou simplement la faculté de discernement – qui traite ces données, les perçoit et les distingue, c'est-à-dire qu'il prend une décision quant au choix de certaines données, puis les transmettre à la force motrice, ou samskâra, où, à partir de ces données choisies, naissent les désirs et les aversions, ou intentions. Ainsi, pour donner une définition aussi détaillée que possible de samskâra, il convient d'en distinguer trois aspects.
Premièrement, le samskâra, ou les forces motrices, est un «transporteur» qui déplace notre expérience accumulée vers notre «entrepôt principal» dans le monde causal, et inversement.
Deuxièmement, le samskâra est l'expérience formée, accumulée dans cette vie, et existant sous forme de particules de lumière dans notre monde causal.
Troisièmement, le samskâra représente les désirs qui nous animent. Ils apparaissent dans le subconscient, ou le monde astral, à la suite du travail de discernement. Il faudrait noter ici que notre expérience passée (karma) devient la cause de l'accumulation d'une nouvelle expérience (karma). Sur la base de cette expérience passée, nos désirs et nos aversions se forment. Ces derniers nous poussent à agir. Lorsque nous agissons, nous accumulons une nouvelle expérience, qui, de la même manière, forme nos nouveaux désirs et nous poussent à entreprendre de nouvelles actions pour les satisfaire.
Si l'on donne une définition simple de samskâra, on peut dire qu'il s'agit de notre expérience passée qui engendre nos désirs mondains. Ensuite, de ces désirs naissent des images mentales, qui sont projetées dans le monde matériel sous la forme d'événements ou de phénomènes concrets. C'est pourquoi on peut dire que le monde qui nous entoure est une manifestation de nos désirs matériels.
Enfin, le skandha n°5, ou vijnâna, ou discernement, est l'ensemble de toutes les données que nous avons accumulées depuis un passé sans commencement jusqu'à ce moment présent. Par exemple, nos préférences ou aversions quotidiennes relèvent du skandha n°4. Cependant, les racines de ces désirs et aversions se trouvent dans le skandha n°5. Prenons un exemple: pourquoi, dans cette vie, rencontrons-nous certains enseignements et choisissons-nous de les pratiquer? Ceci est déterminé par les expériences formées et les informations que nous avons reçues dans nos vies antérieures. Cela veut dire que si une personne a reçu, dans une vie antérieure, l'enseignement sur l'existence des vies passées, présentes et futures, alors elle devrait ressentir une inspiration naturelle en rencontrant à nouveau cette idée dans sa vie actuelle. Elle se dira: «voici l'enseignement que je cherchais». Si elle progresse encore dans sa pratique et comprend que les trois vies – passée, présente et future – n'appartiennent qu'au monde matériel, et qu'il est possible de se libérer du monde matériel par des méditations spéciales et un détachement de celui-ci, c'est-à-dire si l'idée de Libération naît en elle, alors elle se tournera vers une pratique visant à atteindre la Libération. Et si, du plus profond de son âme, surgit en cette personne l'idée, une fois la Libération atteinte, qu'elle devrait transmettre cet enseignement à de nombreuses personnes, alors celle-ci a déjà atteint la Libération individuelle et a été un enseignant du Dharma dans ses vies antérieures.
Ainsi, notre vie actuelle est déterminée par le karma, ou les données, de nos vies antérieures. Et ce «karma des vies antérieures» constitue les données de notre skandha n°5, activées par notre supraconscient.
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