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Kitabı oku: «Dharma: telles que sont les choses. Expérience vécue et réalisations d’un pratiquant spirituel. Volume I. L’Univers», sayfa 3
Visite d'un «vrai» temple bouddhiste
«Là-bas, nous étions dans un temple inactif, il y avait juste ces statues dans la roche, rien de plus. Mais maintenant, nous allons dans un vrai temple en activité, avec des moines. C'est déjà le soir, on va avoir les Parittas10, il faut se dépecher pour acheter des fleurs et des lampes à huile», débitait mon ami pendant que nous foncions à travers la ville du soir dans son tuk-tuk, en direction d'un temple bouddhiste «réputé et vénéré par le peuple», selon lui.
Le temple dans lequel nous sommes arrivés était un temple typique: d'abord l'arbre de la Bodhi, puis le stûpa, avec des offrandes de lumière (lampes à huile), d'encens et de fleurs. D'autres croyants laïcs (upâsaka)11 faisaient également des offrandes d'eau et de nourriture. Assis sur le sol près de l'arbre de la Bodhi et du stûpa, les gens récitaient des passages de soûtras en pâli, en jetant un coup d'œil de temps en temps au texte dans leurs petits livres.
Tout était très sincère, presque «familial». Puis un moine est apparu, et nous avons commencé à réciter les textes avec lui en chœur. Le Refuge dans les trois joyaux, l'Acceptation des cinq préceptes… Heureusement, peu avant cette visite, j'avais appris au moins une partie de ces textes en pâli.
Je me suis surpris à penser: «Mais c'est bien en quelque sorte la voie vers le monde céleste pour les croyants laïcs, telle qu'elle a été enseignée par le Bouddha.» L'aumône, l'observation des préceptes, l'étude du Dharma (le moine donna ensuite un sermon) et des méditations les plus simples (en l'occurrence, on peut considérer ici la récitation des soûtras et la méditation de l'Amour envers tous les êtres vivants comme telles). Grâce aux offrandes, on accumule du mérite et on affaiblit les désirs mondains, car l'offrande est à l'opposé de la satisfaction de ces désirs. Les préceptes permettent de ne pas accumuler le karma des trois mondes inférieurs: le monde des enfers, le monde des animaux et le monde des esprits affamés12, et de ne pas gaspiller le mérite. L'étude de l'enseignement et la méditation permettent d'accumuler des causes en lien avec les mondes supérieurs, dans ce cas précis, le monde des cieux.
Il est intéressant de constater que, dans toute cette pratique en apparence simple, j'ai même remarqué des éléments de bouddhisme ésotérique. Toutes sortes d'offrandes, en principe, étaient censées purifier les trois chakras inférieurs (ou centres énergétiques). Si un chakra est purifié, l'énergie ne s'y échappe plus, ce qui signifie que le lien avec le monde correspondant est rompu. Dans le cas des trois chakras inférieurs, il s'agit donc des trois mondes inférieurs mentionnés ci-dessus: le monde des enfers – le mûlâdhâra chakra; le monde des animaux – le svâdhisthâna chakra; et le monde des esprits affamés – le manipûra chakra. L'offrande des parfums, c'est-à-dire de l'encens, purifie le mûlâdhâra chakra; de l'eau – le svâdhisthâna; des fleurs, de la nourriture et du feu – le manipûra. Les chakras et leur purification seront le sujet d'un chapitre consacré au processus énergétique de l'atteinte de la Libération. Mais ici, je veux dire autre chose…
Tout se comprend par comparaison, par contraste. Dans mon cas, ce fut malheureusement le cas. Deux jours auparavant, en méditant près d'un rocher ancien dans la jungle, j'avais eu une sensation différente, un état de conscience différent! Certes, ici, je ressentais de la bonté, de l'humilité, mais tout cela restait dans les limites de ce monde matériel grossier, et ne portait pas ma conscience au-delà. En termes de vibrations, c'était aussi le monde des humains – bon, pur – mais sans les vibrations des mondes supérieurs.
Je ressentis de la confusion et un certain agacement. C'était comme si tout le monde, sauf moi, était parfaitement satisfait de ce monde humain. «Oh oui, nous ne voulons pas tomber en enfer, mais on ne s'en sort pas si mal…»
Mais le Bouddha Sakyamuni n'a-t-il pas dit que ce monde est un monde de souffrance (la Première Noble Vérité)? Le Bouddha Sakyamuni n'a-t-il pas dit que tous les mondes créés par notre mental ne sont rien d'autre que des illusions, et que, quel que soit le monde où nous renaissons, y compris le monde des dieux, aucun d'entre eux ne contient le bonheur absolu? Et que seul l'état d'esprit originel – le grand Calme (Nirvâna), où toute l'action de l'expérience accumulée dans le passé est arrêtée – est la seule valeur véritable, non seulement dans ce monde, mais aussi dans l'univers tout entier? Alors, est-il possible de réaliser le Nirvâna en suivant simplement des rituels et des cérémonies?
«Calme-toi! Je dois partir en souriant…», ces vers me sont revenus à l'esprit. C'est ce que je fis, en m'inclinant trois fois devant l'autel où se trouvait la statue de Bouddha.
C'était la fin de la soirée, une forte pluie s'était mise à tomber, il faisait froid – je n'aurais jamais cru qu'il pouvait faire froid sur la côte de l'océan, au Sri Lanka (et non dans les montagnes). Le vieux tuk-tuk de mon ami grondait tristement, rebondissant sur les nids-de-poule. Je ne sais pas ce qui a inspiré Vissotski à écrire cette chanson, mais ses paroles reflétaient parfaitement mon état d'esprit à ce moment-là:
«Pendant la moitié de l'année le soleil disparaît
Et les âmes sont figées sous une écorce de glace
C'est en vain que j'attends le brise-glace,
Et ma mémoire est impuissante à combattre ce froid.
[…]
L'orchestre joue un air las et embrouillé,
Le cercle sur moi se referme et m'enserre.
Calmez-vous! Je dois partir en souriant
Et pourtant je chanterai jusqu'au dernier instant.»13
J'étais enfin de retour chez moi. Lors de ce voyage au Sri Lanka, je séjournais dans un petit hôtel villageois local composé de bungalows d'une seule pièce. Le tout était situé près de la jungle. Le propriétaire de l'hôtel avait spécialement équipé un des bungalows d'un climatiseur – un luxe inutile pour les locaux, mais une échappatoire à la chaleur tropicale pour moi – et c'est là que je m'étais installé. À mon retour, je découvris qu'il n'y avait plus d'électricité – à cause d'un orage. Ainsi donc, le «paradis tropical»: sombre, humide, froid et nous nous efforçons formellement de ne pas tomber dans les mondes misérables, en pratiquant des cérémonies dans les temples…
Cependant, quoi qu'il en soit, un pratiquant spirituel poursuit son chemin jusqu'au bout, surmontant, et finissant par éteindre tout influence, aussi bien des circonstances extérieures défavorables que de ses propres pensées, en réalisant l'arrêt parfait de la conscience. Par conséquent, malgré des conditions extérieures peu favorables et l'état d'esprit imparfait, je me mis à ma pratique du soir: le prânayâma pour faire monter l'énergie, ensuite la méditation.
Souvenir d'une vie antérieure et autres réflexions
Ce qui s'est passé pendant la nuit m'a un peu remonté le moral, en remettant certaines choses en perspective.
En effet, au fur et à mesure que l'on progresse dans la pratique spirituelle, on commence à se souvenir de ses vies antérieures. Cela se produit généralement pendant la méditation. Si le pratiquant entre en samâdhi (l'état de méditation le plus élevé), il ou elle peut voir d'innombrables vies antérieures dans différents mondes. Si la capacité à se souvenir de ses vies antérieures est encore au stade initial, la personne commence à rêver de ses naissances précédentes. Précisons tout de suite que les rêves ordinaires et les rêves dans lesquels des expériences mystiques (telles que des vies antérieures) sont vécues, sont deux choses différentes. Le second type de rêve est une expérience très claire, tangible et vive. De plus, ce type de rêve ne s'oublie pas au réveil, contrairement à un rêve ordinaire. Pour une personne non initiée, cette description peut sembler pour le moins étrange, voire effrayante. Pour le pratiquant spirituel, cependant, il s'agit d'un phénomène naturel, décrit dans les textes bouddhistes et yogiques, qui se produit lorsque l'esprit s'éclaircit grâce à la méditation. Lorsque l'on se souvient de vies antérieures, il y a toujours une sorte d'explication de ce que l'on voit, une sorte de «narration en voix off» qui semble s'allumer dans la conscience.
Cette nuit-là, j'ai vu un temple semblable à celui qui se trouvait près de mon hôtel. Je l'avais visité à plusieurs reprises, et il m'avait toujours fait forte impression. La «voix off» intérieure m'a expliqué que je voyais un événement survenu il y a cinq cents ans. Le lieu était différent, bien qu'il présentait des similitudes avec l'époque actuelle. De nombreuses personnes, moi y compris, étaient assises sur la place pavée devant le bâtiment principal du temple. J'ai remarqué que les gens étaient assis dans des postures correctes (la pose du Lotus ou demi-Lotus, avec le dos bien redressé), contrairement à ce que l'on voit de nos jours. Un de mes amis de l'époque était assis à côté de moi, et j'ai compris qu'il s'agissait de mon actuel compagnon sri-lankais, celui qui m'accompagnait pendant ce voyage. Tous les gens rassemblés sur la place attendaient un certain maître éveillé. Il finit enfin par apparaître. Allant de personne en personne, le maître s'arrêtait, vraisemblablement pour prodiguer des conseils ou répondre à des questions. J'ai prêté attention à sa démarche: il se déplaçait avec une telle légèreté qu'on aurait dit qu'il touchait à peine le sol.
Le maître s'arrêta en face de moi et me regarda fixement. Son regard était très calme: on aurait dit qu'il me regardait à travers moi (peut-être était-ce vraiment le cas), mais il n'y avait aucune froideur dans ce regard – c'était un regard plein d'amour et de compassion, le regard d'un homme en état de nirvâna.
«Quand vas-tu cesser le fonctionnement de ton mental stupide?» me demanda-t-il. «C'est à cause de cela que tu as tous tes problèmes.»
Je me suis réveillé assez tard, selon les habitudes sri-lankaises – à sept heures du matin. L'électricité était déjà revenue (comment avons-nous pu vivre sans elle il y a cinq cents ans?). J'ai préparé du thé et je me suis assis sur la petite véranda. Maintenant, je pouvais réfléchir à tout cela. Ainsi, il y a cinq cents ans, j'étais un pratiquant spirituel au Sri Lanka, vivant probablement dans ce même village que celui où je séjourne aujourd'hui. J'avais un maître éveillé qui me montrait la nécessité d'atteindre l'Illumination personnelle. Oui, trop de choses concordent pour que ce soit faux.
En finissant mon thé, je me suis soudain souvenu que je n'avais pas encore terminé le Guide des lieux sacrés du Sri Lanka que l'on m'avait demandé de rédiger.
De plus, quelques-uns de mes amis pratiquants le Dharma et moi-même avions prévu de traduire en russe et de publier un recueil de conférences et de textes du vénérable Ananda Maitreya. Le Guru Ananda Maitreya est vraiment un exemple pour des milliers de générations à venir! Cet homme a vécu cent deux ans! À l'âge de quinze ans, il est devenu moine bouddhiste (c'était en 1911), et il a mené une pratique spirituelle rigoureuse pendant les quatre-vingt-sept années suivantes (!). Lorsqu'il a atteint l'Éveil, il a commencé à enseigner aux autres. Il a poursuivi son activité jusqu'à son départ de ce monde, en 1998. Ses disciples proches m'ont raconté, lors de conversations privées, les pouvoirs surnaturels du Maître, dont ils avaient été témoins. Son niveau extrêmement élevé et sa vaste expérience spirituelle, combinés à sa profonde connaissance du Dharma, illuminaient tout ce qui l'entourait de la lumière de la Vérité.
Ainsi, dans toutes ces recherches des «lieux de pouvoir», j'avais complètement oublié que notre groupe de traducteurs m'avait envoyé par courriel plusieurs conférences du vénérable Ananda Maitreya pour que j'en examine et révise la traduction.
Je me suis plongé dans leur lecture. Les textes écrits par les Éveillés (ou enregistrés à partir de leurs paroles) possèdent une force immense, car les Éveillés s'appuient sur leurs propres expériences spirituelles de très haut niveau, lesquelles trouvent à leur tour une confirmation dans les textes anciens originaux.
Les paroles du vénérable Ananda Maitreya m'ont littéralement fait frissonner – en quelques phrases, le Maître expliquait la raison de mon désespoir d'hier:
«Dans certains monastères bouddhistes, il existait des rituels présentés comme la vraie religion. Mais ce n'étaient que des cérémonies, et non le véritable bouddhisme. Si vous voulez voir le vrai bouddhisme, il existe encore – dans les villages reculés, mais pas dans les villes. À mon avis, les personnes peu éduquées sont piégées dans des rituels formels, qui n'existaient pas il y a à peine cinquante ans.»
Ces paroles simples sont devenues pour moi le meilleur soutien et encouragement à ce moment-là. Avec elles est née une détermination sincère et forte de montrer aux gens le véritable Dharma, en utilisant toutes les connaissances, découvertes et expérience spirituelle acquises au cours de mes longues années de pratique du bouddhisme, du yoga et du taoïsme – confirmées par les maîtres spirituels et les textes originaux.
Le Dharma de nos jours
«La manière dont le Bouddha voyait le monde et la vie, il l'appelait «Dharma» – un mot à la fois très clair et très souple. Il n'a pas été le premier à utiliser ce terme, car il déjà existait avant lui, notamment pour désigner les rituels ou les lois, mais le Bouddha lui a donné un sens plus profond, spirituel.»14
Avez-vous entendu parler de Bruce Lee? Bien sûr que oui: ce maître des arts martiaux au destin fulgurant, dont la vie s'est interrompue tragiquement. C'est grâce à lui que j'ai commencé à pratiquer les arts martiaux – une démarche qui, avec le temps, s'est transformée en véritable pratique spirituelle. Tout a commencé de manière très banale, sans doute comme pour beaucoup de ceux qui ont découvert les arts martiaux orientaux. J'étais encore un enfant – j'avais dix ans – lorsque j'ai vu le film La Fureur du Dragon, avec Bruce Lee dans le rôle principal. J'ai été bouleversé par ce que j'ai vu – ses frappes fulgurantes, sa vitesse quasi surnaturelle et la précision de ses mouvements.
Plus tard, j'ai compris qu'au-delà de sa technique exceptionnelle et de sa forme physique parfaite, Bruce possédait autre chose – quelque chose qui le distinguait des autres maîtres. Je pense qu'il s'agissait de la pleine conscience, fruit d'une expérience directe. Tout ce que faisait ou disait Bruce Lee, il l'avait vécu lui-même, éprouvé au cours de sa recherche minutieuse de la Vérité. On avait l'impression qu'il avait exploré et systématisé toutes les écoles d'arts martiaux, ainsi que les enseignements spirituels qui les sous-tendent. C'est pourquoi Bruce Lee et son style, le Jeet Kune Do, suscitent encore aujourd'hui autant d'intérêt, de respect et de désir de suivre cette voie de connaissance de soi.
Bruce Lee était un farouche opposant aux formes figées, aux dogmes, aux cérémonies et à toute sorte de conventions, qu'il qualifiait de «désespoir organisé». Par exemple, si un élément – qu'il s'agisse d'un exercice ou d'une technique – ne présentait aucune utilité pratique, que ce soit à l'entraînement ou en combat réel, il l'écartait tout simplement comme étant inutile:
«Au lieu de considérer le combat pour ce qu'il est réellement, la plupart des systèmes d'arts martiaux accumulent des substituts impressionnants mais trompeurs, qui embrouillent leurs adeptes et les détournent de la véritable réalité du combat, laquelle est en fait simple et directe.
Plutôt que d'aller droit à l'essence, on pratique régulièrement et méthodiquement des formes fluides et esthétisées – ce que j'appelle un “désespoir organisé ” – et des techniques mimées, qui remplacent le combat réel par une version conditionnée. Ainsi, au lieu d'être dans le combat, ces pratiquants font semblant d'y être.
Pire encore, la puissance mentale et spirituelle se dégrade inexorablement, tandis que ces pratiquants s'enfoncent toujours plus dans des mystères et abstractions. Toutes ces choses ne sont que des tentatives vaines de capturer et de figer le mouvement fluide et changeant du combat, de le disséquer et de l'étudier comme un cadavre.
Mais si vous vous libérez de cela, le véritable combat cessera d'être figé – il prendra vie. Les substituts ces formes de paralysie, emprisonnent ce qui était fluide et vivant, le mettent en cage. Et, si vous regardez cela avec réalisme, ce n'est rien d'autre qu'une soumission aveugle à l'inutilité systématique de techniques répétitives ou de prouesses acrobatiques qui ne mènent nulle part.»15
L'image vive de Bruce Lee nous aidera à analyser le sens véritable du mot Dharma. Mais avant cela, je voudrais, à travers son exemple, illustrer ma position personnelle vis-à-vis de la religion.
Cela pourra peut-être vous sembler étrange, mais Bruce Lee peut être comparé au Bouddha Sakyamuni. Bien entendu, il ne s'agit pas de comparer leurs niveaux spirituels: le premier était un génie des arts martiaux, tandis que le second est un être éveillé, ayant atteint le plus haut état spirituel, c'est-à-dire la réalisation de l'état de Bouddha (Tathâgata16). Pourtant, ils partagent une même approche dans la voie spirituelle: tout ce qu'ils ont enseigné, ils l'ont d'abord vécu, vérifié par leur propre expérience, systématisé, puis transmis aux autres, en écartant sans hésitation tout ce qui était inutile ou inefficace. La vraie question aujourd'hui est la suivante: comment utilisons-nous ces précieuses instructions?
Imaginons une personne décidant d'apprendre les arts martiaux après avoir vu Bruce Lee à l'écran. En termes bouddhistes, on pourrait dire qu'elle a «pris refuge», c'est-à-dire qu'elle a trouvé foi en Bruce Lee et en son enseignement. Elle apprend par cœur tout ce que Bruce a écrit, regarde des milliers de fois ses films qu'ils soient artistiques ou documentaires. Sur les images d'archives, on voit Bruce Lee utiliser un sac de boxe lourd pour perfectionner son fameux coup de pied latéral. Dans les films, il incarne souvent le maître chinois d'arts martiaux (autrement dit, lui-même), vêtu d'un costume traditionnel chinois, le yīfu, ou kunfuiku. Imaginons maintenant que cette personne aille dans un magasin de sport pour acheter un sac de boxe similaire, à peu près le même que celui qu'utilisait Bruce. Ensuite, la personne achète un kunfuika. De retour chez elle, elle installe le sac de frappe sur un piédestal, lui enfile le kunfuika, accroche au-dessus un portrait de Bruce Lee et dépose une offrande de plats chinois – car Bruce aimait la cuisine de son pays. Ensuite, elle s'agenouille et commence à réciter, à haute voix, les livres de Bruce Lee qu'elle connaît par cœur. Elle honore ce sac de frappe comme une relique sacrée. Évidemment, elle ne pratique pas le coup de pied latéral, ni aucun autre exercice réel. Alors, pourra-t-elle devenir un maître en arts martiaux? Et surtout, met-elle à profit l'immense héritage laissé par Bruce Lee? Pour la forme, peut-être oui – elle connaît tous ses livres et ses films par cœur. Mais en réalité, dans la pratique? Non. Dites-moi maintenant: quelle différence y a-t-il entre cet exemple, certes un peu caricatural, et les cérémonies religieuses modernes? C'est précisément ce genre de situation – dans les arts martiauxcomme dans la religion – que Bruce Lee appelait un «désespoir organisé».
Ainsi, moi, je suis pour frapper le sac de frappe de toutes mes forces, comme l'enseignait Bruce Lee. Je suis pour la méditation contemplative, assis de longues heures dans une posture correcte, le dos droit, comme l'enseignait le Bouddha Sakyamuni. Je suis pour l'étude, la pratique et la réalisation progressives, aussi bien dans les arts martiaux que dans la voie spirituelle (je le répète: pour moi, les arts martiaux sont une forme de pratique spirituelle au même titre que, par exemple, le taoïsme ou le yoga).
Ainsi, le Dharma n'est pas seulement une Loi universelle, mais c'est aussi une voie d'expérience directe, un moyen empirique de connaître ce que cette loi exprime. Le principal réformateur, systématiseur et pratiquant de cette Loi fut le Bouddha historique, Sakyamuni. C'est pourquoi le Dharma est principalement associé à son Enseignement. Le Bouddha lui-même appelait son enseignement saccâ (pâli: සච්ච, prononciation sachcha), ce qui signifie «vérité». Il ne prêchait pas le bouddhisme, il expliquait la Vérité, la Loi véritable, autrement dit le Dharma, ou les choses telles qu'elles sont. Le Bouddha était l'incarnation vivante de cette Vérité absolue. Avant de quitter ce monde, il exhorta ses disciples à «devenir eux-mêmes des lumières pour eux-mêmes», et laissa en héritage, à la place de sa personne, son Enseignement, le Dharma:
«Soyez, moines, votre propre lumière et soyez votre propre refuge, sans aucun autre refuge. Que le Dharma soit votre lumière, que le Dharma soit votre refuge, aucun autre refuge n'est nécessaire.»17
Le Dharma existe depuis un passé sans commencement et se manifeste dans le monde sous des formes diverses, selon les époques et les circonstances. Les premières lignes de l'un des textes fondamentaux du yoga, la Shiva Samhita, disent ceci:
«Il n'y a que la connaissance qui soit éternelle, car elle n'a ni début ni fin. Il n'existe aucune autre réalité essentielle, bien qu'elle ne soit pas perçue dans notre monde à cause de la limitation des sens. Lorsque cette limitation cesse, cette connaissance – une et unique – demeure, et il n'y a rien d'autre».
La connaissance dont il est ici question, c'est cette connaissance approfondie, ou connaissance directe de la réalité, évoquée dès le début de cette introduction. Elle se réalise grâce à la vision pure, qui, à son tour, est acquise lorsque notre conscience revient à l'état originel de Calme et de Contemplation.
