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Kitabı oku: «Dharma: telles que sont les choses. Expérience vécue et réalisations d’un pratiquant spirituel. Volume I. L’Univers», sayfa 5

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Nâgârjuna

Comme je l'ai mentionné plus haut, en 250 avant J.-C., l'empereur indien Ashoka, aussi connu sous le nom de Dharmashoka (~ 304–232 avant J.-C.), convoqua le Troisième Concile bouddhiste dans la capitale de son royaume, Pataliputta24. L'une des décisions les plus importantes prises lors de ce Concile ou, selon d'autres sources, un peu plus tard, fut d'envoyer des moines dans divers pays: en Asie du Sud-Est, dans les royaumes grecs d'Asie, ainsi qu'en Afrique, afin de propager le Dharma. Ainsi, après le Troisième Concile, le fils de l'empereur Ashoka, le vénérable moine Mahinda (pâli: Mahinda; sanskrit: Mahendra), ayant atteint le niveau d'Arhat25, fut choisi pour diriger une mission envoyée vers les régions méridionales, principalement vers l'île de Lanka.

Un peu plus tard, vers le premier siècle avant notre ère, un nouveau tournant marqua le développement et la diffusion de l'enseignement du Bouddha Sakyamuni. À partir de ce moment et jusqu'au VIe siècle de notre ère, se forma l'enseignement du Mahâyâna26, qui sera ensuite transmis vers le nord de l'Inde, principalement au Tibet et en Chine. Une nouvelle catégorie de soûtras apparut alors, appelée les «Soûtras de la Prajnâpâramitâ» (Prajñāpāramitā en sanskrit: प्रज्ञपारमिता, «sagesse parfaite»). Nous trouvons une prédiction intéressante du Bouddha lui-même concernant l'émergence et la diffusion du Mahâyâna dans le Soûtra du Diamant27:

«Cinq cents ans après l'entrée de l'Ainsi-Allé28 au Nirvâna, il y aura encore des personnes qui continueront d'observer les préceptes et de pratiquer pour accroître les mérites. Lorsqu'elles entendront ces enseignements, elles auront foi et confiance et les reconnaîtront comme vérité. Ces personnes, sachons-le, ont déjà semé des graines bénéfiques non seulement durant la vie d'un Bouddha, voire même de deux, trois, quatre ou cinq, mais, en vérité, durant la vie de milliers de Bouddhas. Celui qui, durant une seule seconde, engendre une foi pure en écoutant ces paroles, celui-là sera connu et vu par le Tathâgata, et il atteindra un bonheur sans limite.»

L'apparition du Mahâyâna et des soûtras qui en sont à la base est associée à l'activité du plus grand Maître du Mahâyâna, le Mahâsiddha Nâgârjuna. Le terme siddha signifie «accompli», c'est-à-dire celui qui possède des pouvoirs surnaturels et qui a atteint la perfection. Ainsi, l'épithète Mahâsiddha peut se traduire par «grand accompli». Les prédictions du Bouddha concernant l'apparition et l'œuvre du Grand Accompli Nâgârjuna se trouvent dans le Mahâmegha-Soûtra: «Quatre cents ans après mon départ, l'un des Lichchhavis29 deviendra un moine sous le nom de Nāga et prêchera mes enseignements. Finalement, dans le monde de Prasannaprabha, il deviendra un Bouddha nommé Janakaraprabha».

Il existe trois textes principaux relatant la vie de Nâgârjuna: La Vie de Nâgârjuna par Kumârajîva (années de vie approximatives: 344–413), célèbre commentateur et traducteur de textes bouddhistes en chinois; Le Guru Nâgârjuna, rédigé par Daranatha (Tārānatha Gunga-Nyingbo, 1575–1634); La Vie de Nâgârjuna de Butön Rinchen Drub (1290–1364), grand historien et compilateur tibétain.

Selon La Vie de Nâgârjuna [de Butön Rinchen Drub, n.d.t.], il serait né dans le sud de l'Inde, environ 400 ans après le Parinirvâna du Bouddha. D'autres sources situent sa vie entre l'an 150 et 250 de notre ère. Comme pour la biographie de nombreux mahâsiddhas, celle de Nâgârjuna mêle faits historiques, légendes et éléments mystiques.

Dès son plus jeune âge, Nâgârjuna étudia les Védas, puis le Tripitaka, mais ces connaissances ne le satisfirent pas. «Ce n'est que dans les profondeurs des montagnes enneigées qu'un vieux bhikkhu (moine) lui donna un soûtra du Mahâyâna, dont il comprit le sens profond, mais dont il ne pouvait pas trouver une longue interprétation […] Il voyagea à travers de nombreux pays à la recherche d'autres soûtras. Dans tout le Jambudvipa30, il ne les trouva pas, bien qu'il ait cherché partout» – ainsi Kumârjîva décrit la quête spirituelle de Nâgârjuna. Ensuite survint un événement capital, tant dans la vie de Nâgârjuna que dans l'histoire du Mahâyâna: il découvrit les soûtras de la Prajnâpâramitâ, en particulier le Soûtra du Diamant. Les trois auteurs des biographies de Nâgârjuna décrivent ce moment de façon presque identique: «Nâgarâja, le roi des dragons, pris de compassion pour lui, l'emmena dans son palais sous-marin et lui montra sept voûtes précieuses contenant les textes du Vaipulya ainsi que d'autres soûtras au sens profond et caché. Nâgârjuna les étudia pendant quatre-vingt-dix jours […] Son esprit s'imprégna de leur essence et comprit leur véritable bénéfice. Nāga lut ses pensées et lui demanda: «N'as-tu donc pas encore saisi le Soûtra que tu vois?» Il répondit: «Dans ton trésor, il y a une multitude immense de soûtras, leur nombre est incalculable. Je dois encore les lire dix fois sur le Jambudvipa.» Nāga répondit: «Il existe encore bien plus de soûtras et de traités que n'en contient mon palais.». Nâgârjuna comprit alors le sens unifié de tous les soûtras et atteignit de grands accomplissements dans la concentration du samâdhi, dans l'humilité face à l'absence d'origine. Nāga les lui remit et il retourna sur le Jambudvipa.»31

Le Bouddha Sakyamuni avait visité le royaume des Nâgas lors de son apparition sur l'île de Lanka, ce qui est attesté dans le Lankâvatâra-Soûtra.

Revenons à Nâgârjuna. Dans le texte de Butön Rinchen Drub, nous trouvons un détail intéressant: «Les Nāgas le supplièrent de rester avec eux, mais il décida d'emporter avec lui le Prajnâpâramitâ-Soûtra (en l'occurrence le Soûtra du Diamant – note de l'auteur), et, en échange, il érigea pour eux 10 millions de sanctuaires; les Nāgas devinrent alors ses amis. Depuis ce temps, il est connu sous le nom de Nāgārjuna (Nāga: «dragon» + Arjuna: le nom de l'arbre sous lequel il naquit, littéralement «Serpent d'Argent», en sanskrit: नागार्जुन, nāgārjuna, note de l'auteur)».

Bien entendu, telles descriptions ne peuvent être considérées comme des sources scientifiques ou historiques à propos de la manière dont les soûtras du Mahâyâna ont été découverts pour la première fois. Cependant, ces récits contiennent un fait important: Nâgârjuna découvrit les soûtras dans un endroit caché (dans le royaume sous-marin des Nāgas). Il faut comprendre que de nombreux soûtras, une fois rédigés, furent délibérément dissimulés par leurs auteurs, car ceux-ci estimaient que, lors de leur composition, les hommes n'étaient pas encore prêts à recevoir l'enseignement qu'ils renfermaient. Des siècles plus tard, ces soûtras faisaient l'objet de redécouvertes – sous terre, dans des temples ou des monastères bouddhistes, lors de travaux de construction ou de fouilles archéologiques.

Il existait également une autre manière de faire apparaître un enseignement sous forme de soûtras, au moment opportun. Par exemple, un maître rédigeait un soûtra particulier. Conscient que les gens de son époque ne pourraient pas en saisir le sens profond, il confiait alors à l'un de ses grands disciples la tâche de renaître dans le futur, à une période propice, et de révéler au monde ce soûtra rédigé auparavant par le maître.

D'une manière ou d'une autre – avec ou sans l'aide des Nâgas – Nâgârjuna découvrit les soûtras de la Prajnâpâramitâ. Un autre point essentiel réside dans le fait que Nâgârjuna fut probablement, à cette époque, l'unique personne capable de comprendre – tant théoriquement qu'empiriquement – la loi suprême du Mahâyâna: la doctrine de la vacuité. Sans ce fait, cette découverte n'aurait eu de valeur que pour les érudits historiques, et le Mahâyâna n'aurait pas connu un tel développement.

Cependant, grâce à Nâgârjuna, l'enseignement du Mahâyâna connut une expansion considérable et un véritable épanouissement en Inde à cette époque. Nâgârjuna laissa un grand nombre d'ouvrages fondamentaux sur la philosophie du Mahâyâna, et plus particulièrement sur l'enseignement de la vacuité, que je m'efforcerai de présenter au lecteur dans les pages de ce livre.

«L'attachement à ce qu'il y a de meilleur, ainsi que sa recherche, engendrent la souffrance. Les choses existantes sont dépourvues de nature propre, elles sont comme des nuages dans le ciel. La naissance, la vie, la mort, le bien, la douleur – d'où viennent-ils? Qu'est-ce que c'est? Qu'est-ce qui peut t'apporter le bonheur? Et qu'est-ce qui peut te détruire, si ton esprit est un espace pur? Depuis l'origine, il n'y a rien à accomplir, car tout est vide.»32

Padmasambhava

(sanskrit: पद्मसंभव, Padmasaṃbhava, littéralement né du lotus)

Le cycle suivant de développement et de diffusion de l'enseignement du Bouddha Sakyamuni est marqué par l'apparition du bouddhisme au Tibet, étroitement liée aux enseignements du Tantra-Vajrayâna et au gourou Padmasambhava. C'est aux alentours du IIIe siècle de notre ère que les premiers soûtras du Tantra-Vajrayâna firent leur apparition. L'histoire de leur révélation ressemble beaucoup à celle des soûtras du Mahâyâna.

Le bouddhisme s'implanta et prospéra au Tibet grâce aux efforts conjoints de deux maîtres, Shantarakshita et Padmasambhava.

Dans les Annales bleues33, il est dit que les premiers Tibétains à avoir adopté le bouddhisme furent le peuple Qiang. Cela se produisit à la fin du IVᵉ siècle de notre ère, lorsque l'enseignement du Bouddha pénétra au Tibet depuis la Chine. Cependant, le bouddhisme chinois ne connut pas de diffusion durable dans le «Pays des Neiges». Lorsque le trône revint à Trisong Détsen (dont la période de vie est estimée entre 742 et 810, et le règne approximativement de 755 à 797), son puissant ministre Mashang, farouchement opposé à l'enseignement bouddhiste, ordonna l'expulsion de tous les moines chinois et la transformation des monastères en boucheries. Malgré cela, le roi Trisong Détsen parvint à inviter depuis l'Inde le maître Shantarakshita, pour enseigner la doctrine du Mahâyâna. Shantarakshita était alors l'un des plus grands érudits bouddhistes renommés. Pour ses immenses efforts dans la diffusion du bouddhisme au Tibet, Shantarakshita reçut par la suite le titre honorifique d' «Achârya Bodhisattva», c'est-à-dire le «Bodhisattva Enseignant».

Shantarakshita introduisit au Tibet l'enseignement du Mahâyâna classique, tel que le prêchait Nâgârjuna; le Mahâyâna portant un profond Enseignement sur la vacuité de tous les objets et phénomènes, ainsi que sur le salut de tous les êtres sensibles de la souffrance. Le Mahâyâna prospérait en Inde – un pays pacifique, au climat chaud et fertile – pratiqué par des gens dont la disposition d'esprit correspondait à la fois à cet enseignement et à leur terre. Cependant, le Mahâyâna classique était difficilement compréhensible, à cette époque, pour les Tibétains, qui étaient un peuple guerrier et indomptable, peu versé dans les subtilités philosophiques et éthiques. En outre, les prêtres et chamans Bön faisaient obstacle à la diffusion du bouddhisme, invoquant la volonté des dieux et démons du Tibet. C'est pourquoi Shantarakshita conseilla à Trisong Détsen d'inviter au Tibet un yogi tantrique et Mahâsiddha Padmasambhava, originaire d'Oddiyâna.

L'ancien pays bouddhiste d'Oddiyâna (qui signifie littéralement «Jardin» en sanskrit), englobait la partie orientale de l'actuel Afghanistan ainsi que la vallée de la rivière Swat au Pakistan, située entre les territoires de l'Afghanistan et de l'Inde. Le royaume d'Oddiyâna était considéré comme le berceau de nombreux gourous éminents. C'est là qu'émergèrent et furent pratiqués de nombreux enseignements supérieurs, tels que le Dzogchen, qui se répandirent ensuite en Inde et au Tibet grâce à de grands yogis et mahâsiddhas.

L'apparition de Padmasambhava dans le monde des humains fut prédite par le Bouddha dans le Soûtra des mystères insondables34:

 
La manifestation des bouddhas des trois époques,
L'auteur d'actes merveilleux durant ce kalpa béni,
apparaîtra sous la forme d'un vidyâdhâra35.
Au cœur d'une fleur de lotus merveilleuse.
 

Dans l'un des textes de Yéshé Tsogyal36, on trouve les paroles suivantes de Padmasambhava à propos de son apparition dans le monde matériel:

«Certains croient que je suis apparu dans une fleur de lotus, au milieu du pollen, dans le lac Dhanakośa à Oḍḍiyāna; d'autres croient que je suis né prince dans ces régions. D'autres encore pensent que je suis arrivé accompagné d'un éclair au sommet du mont Namchak. Leurs croyances sont diverses, car je me suis manifesté sous de nombreuses formes. Vingt-quatre ans après le Parinirvāna du Bouddha Śākyamuni, Amitābha, l'Ādi-Bouddha de la Lumière Infinie, empli de Bodhichitta37, conçut la pensée de l'Éveil et, du cœur de Mahākarunā38, sous la forme de Mahākarunā, moi, Padmasambhava, le gourou né du lotus, apparut sous la forme de la syllabe śrī. Je suis venu, telle la pluie qui tombe dans le monde, sous d'innombrables formes, pour ceux qui étaient prêts à me recevoir. Les actes des Éveillés sont inconcevables. Qui pourrait leur imposer une mesure?»

Arrivé au Tibet, Padmasambhava se mit à prêcher le Dharma et à démontrer aux Tibétains ses pouvoirs mystiques. Il semble que la puissance conférée par le Tantra-Vajrayâna ait produit une plus forte impression sur les Tibétains que la prédication de la voie du bodhisattva selon le Mahâyâna, dispensée par Shantarakshita. Il est également possible que l'enseignement ésotérique de Padmasambhava ait, du moins en apparence, rappelé aux Tibétains certains aspects familiers de leur tradition indigène, le Bön. Padmasambhava humilia les prêtres et sorciers Bön, surpassa leur art magique; puis il soumit ensuite les démons et esprits du Tibet, les convertit au bouddhisme et les transforma en dharmâpâlas – les divinités protectrices du Dharma.

Dans la tradition du bouddhisme tibétain, Padmasambhava est également appelé Guru Rinpoché («Précieux Maître»). Il est reconnu comme le fondateur de la plus ancienne branche du bouddhisme tibétain – le Nyingma. L'école Nyingma est considérée comme «l'école des anciennes traductions», car Padmasambhava et Shantarakshita, avec l'aide de 108 traducteurs et de 25 disciples, traduisirent pendant de nombreuses années l'ensemble de la littérature bouddhiste en langue tibétaine.

Le gourou Padmasambhava composa de nombreux textes décrivant en détail les étapes de la pratique spirituelle du Tantra-Vajrayâna. Le principal scribe de ces textes fut son épouse spirituelle, Yéshé Tsogyal. L'un des textes les plus célèbres du bouddhisme ésotérique en Occident, le Bardo Thödol – ou le Livre tibétain des morts – est probablement l'œuvre de Padmasambhava. Nous reviendrons au texte de ce soûtra dans le cinquième chapitre du premier volume, où seront décrits le processus de la mort, l'état intermédiaire (Bardo), et la nouvelle naissance.

Tilopa, Nâropa, Marpa et Milarépa

Voici les quatre grands yogis et maîtres spirituels de l'école Kagyü du bouddhisme ésotérique tibétain. Tilopa fut le gourou de Nâropa. Le meilleur disciple de Nâropa fut Marpa, dont le disciple et successeur direct fut ensuite Milarépa.

La première grande figure de cette liste est Tilopa (sanskrit: Talika, 988–1069) – un grand yogi indien accompli du Tantra. Tilopa est l'un des 84 mahâsiddhas, vénéré comme le fondateur de la lignée Kagyü du bouddhisme tibétain.

Tilopa naquit dans une famille de brahmanes, et selon certaines sources, dans une famille royale. Ayant reçu en méditation des instructions d'une déesse dâkinî, il quitta son monastère et commença à mener une vie d'errance. Selon la tradition, le Bouddha Vajradhara (sanskrit: «Détenteur du vajra» – symbole de la plus haute dimension de la nature vide de l'esprit dans le bouddhisme du Vajrayâna) lui apparut durant la méditation, et Tilopa reçut la transmission directe de l'enseignement du Mahâmudrâ. Le Mahâmudrâ (sanskrit: महमुद्रा, littéralement: «Grand Symbole» ou «Grand Sceau», Chag Chen en tibétain) est l'enseignement spirituel suprême du bouddhisme tibétain, qui consiste en la demeure directe du pratiquant dans l'état de la véritable nature de l'esprit. Après avoir reçu la transmission de cet enseignement, Tilopa cessa d'errer et se mit à enseigner à ses disciples.

Le meilleur disciple de Tilopa fut Nâropa (sanskrit: Nadaprada, 956–1040). Selon la tradition Kagyü, Nâropa serait né dans une famille royale. À l'âge de 36 ans, Nâropa était déjà l'un des abbés de Nâlandâ – autrefois célèbre monastère et université bouddhiste. Un jour, alors qu'il étudiait des textes, une vieille femme dotée de trente-sept traits déplaisants apparut devant lui. Étant une émanation de Vajradâkinî – une divinité féminine représentant la vacuité, la nature ultime de la réalité d'où surgit toute expérience d'Illumination – elle lui révéla l'inutilité de la connaissance purement livresque et lui dit que son «frère» (Tilopa) pourrait lui transmettre une connaissance véritable et spéciale. Nâropa renonça alors à sa haute fonction universitaire, abandonna ses livres et se mit en quête de son gourou.

Lorsque Nâropa devint le disciple de Tilopa, ce dernier le soumit à douze épreuves majeures; chacune de ces épreuves se terminait par la transmission d'un enseignement, le plus élevé étant celui du Mahâmudrâ. Après avoir atteint la réalisation, Nâropa systématisa les enseignements en six étapes que lui avait transmis Tilopa. C'est ainsi qu'apparut le système de pratiques du Tantra-Vajrayâna connu sous le nom des Six Yogas de Nâropa, une voie qui permet d'atteindre rapidement l'Illumination et la Libération39. Les épreuves de Nâropa, la transmission de l'enseignement et l'initiation aux Six Yogas sont décrites dans le texte The Life and Teachings of Nāropa40 («La Vie et Enseignement de Nâropa»). J'en utiliserai des extraits dans les chapitres consacrés au Tantra-Vajrayâna.

Le principal disciple de Nâropa, son «fils du cœur» à qui il transmit la détention de la lignée racine, fut Marpa Chökyi Lodryö, également connu sous le nom de Marpa le Traducteur (tibétain: Lotsawa) (1012–1097).

Marpa était un grand lama laïc éveillé et un traducteur émérite, qui apporta d'Inde au Tibet de nombreux éléments de l'enseignement du Vajrayâna, y compris le Mahâmudrâ, qui forma plus tard la lignée Kagyü et devint une partie de l'école Gelug. Marpa fut l'une des figures centrales de la deuxième diffusion du bouddhisme au Tibet et est reconnu comme le fondateur tibétain de l'école Kagyü.

Jetsün Milarépa, ou Milarépa Shepa Dorjé (1052–1135), fut un grand yogi tibétain, un maître spirituel, un guide et l'un des principaux fondateurs de l'école Kagyü. Il fut le plus éminent disciple de Marpa.

Le chemin spirituel de Milarépa fut marqué par un parcours profondément tragique et d'innombrables obstacles que, selon ses propres mots, «les gens d'aujourd'hui seraient incapables de traverser, en raison de leurs faiblesses mentales, physiques et spirituelles». À propos de la souffrance, Milarépa disait également: «Vous devriez considérer les douleurs et les ennuis de cette vie comme des amis qui vous mènent au Nirvâna.»

Marpa ordonna à Milarépa de pratiquer la méditation dans la solitude, dans des grottes et des retraites en montagne. Selon le texte biographique La Vie de Milarépa, après de nombreuses années de pratique intense, il parvint à une «profonde réalisation empirique de la véritable nature de la réalité».

Milarépa était un naljorpa. Littéralement, le mot naljorpa signifie «yogi» ou «ermite pratiquant» ayant atteint un haut niveau de réalisation. Cependant, comme les naljorpas mènent un style de vie particulier du point de vue des gens ordinaires, on les appelle aussi «yogis à la sagesse folle». Ainsi, Milarépa rejetait les préjugés sociaux et les stéréotypes, les idées figées et l'attachement aux biens matériels, ainsi que la règle et le système monastique en général. Il condamnait les désirs mondains et les faiblesses humaines, tout comme les superstitions et les rituels, la soumission aveugle et le fanatisme. Milarépa menait un style de vie adapté à sa voie spirituelle. Après avoir réalisé l'Éveil, il résidait dans la grotte de Drakkar Taso («Dent de cheval de la Montagne Blanche»), et fut également un gourou errant. Milarépa rejeta toute forme de possession matérielle et incarnait une liberté totale à l'égard des besoins, un dévouement complet à la pratique, une acceptation sans réserve des difficultés liées à la vie solitaire dans les grottes de montagne, et, enfin, la compréhension absolue de la nature de l'esprit, ou de l'état primordial de conscience, en une seule vie.

Milarépa était aussi un poète mystique – le plus grand poète du Tibet médiéval. Dans le domaine poétique, Milarépa est devenu célèbre pour ses Chants de Vajra, qu'il composait spontanément afin de transmettre son expérience de l'Éveil:

 
«Pour votre bien et celui des autres,
Ne vous laissez jamais aller à l'oisiveté.
Efforcez-vous donc d'accomplir de bonnes actions.
Un esprit agité et errant sans cesse,
Ne perçoit jamais la vérité du Mahâyâna.
Pratiquez donc la concentration.
On ne trouver pas le Bouddha en le cherchant au-dehors.
Contemplez donc votre propre esprit.
Tant que les brumes de l'automne ne se dissolvent dans le ciel,
Efforcez-vous avec foi et détermination.»41
 
24.Aujourd'hui Patna, une ville portuaire du nord de l'Inde sur les rives du Gange et centre administratif de l'État du Bihar.
25.C'est-à-dire l'Illumination et la Libération personnelles; voir le volume II, chapitre 3.
26.Je parlerai en détail du Mahâyâna et de sa version plus «avancée», le Tantra-Vajrayâna, dans le volume II, chapitre 3.
27.Vajracchedikā-prajñāpāramitā-sūtra, en sanskrit: वज्रच्छेदिका प्रज्ञापारमितासूत्र, le «Soûtra de la Connaissance transcendante tranchante [les ténèbres de l'ignorance] comme la foudre».
28.C'est-à-dire le Tathâgata, ou Bouddha Sakyamuni; voir le volume II, chapitre 3.
29.Anciennes tribus indiennes qui dominèrent au nord de la vallée du Gange.
30.Il s'agit de l'Inde. Pour en savoir plus sur les continents dans la cosmologie bouddhiste, voir le volume I, chapitre 2.
31.Cet extrait est tiré de La Vie de Nâgârjuna, par Kumârjîva.
32.Ces paroles sont attribuées à Nâgârjuna, adressées à son plus proche disciple Nâgabodhi.
33.L'auteur est Gö Lotsawa Zhönnu Pel, abbé tibétain du monastère de Sarmalin.
34.Acintyabuddhadharmasūtra, N.d.T.
35.Les Vidyādhāras (sanskrit: विद्याधर, vidyādhara, «détenteur d'une connaissance approfondie – Vidyâ») sont une classe de demi-dieux (upadevas) des cieux du monde matériel.
36.Épouse [consorte spirituelle, N.d.T.] de Padmasambhava, déesse dâkinî éveillée, enseignante bouddhiste de la tradition Vajrayâna.
37.Bodhichitta signifie les quatre états de conscience éveillés: l'Amour, la Compassion, la Joie empathique et l'Équanimité; voir le volume I, chapitre 3.
38.Mahâkarunâ: «la grande Compassion».
39.Sur les Six Yogas de Nâropa, voir le volume II, chapitre 2.
40.The Life and Teaching of Naropa. Translated from the Original Tibetan with Philosophical Commentary Based on the Oral Transmission by Herbert V. Guenther. Shambhala, Boston & London, 1995.
41.Extrait tiré des Cent Mille Chants de Milarépa.
Yaş sınırı:
16+
Litres'teki yayın tarihi:
01 nisan 2026
Yazıldığı tarih:
2024
Hacim:
819 s. 32 illüstrasyon
ISBN:
978-0-3694-1357-4
Telif hakkı:
Aegitas