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Kitabı oku: «Dharma: telles que sont les choses. Expérience vécue et réalisations d’un pratiquant spirituel. Volume I. L’Univers», sayfa 6
Son Éminence, le vénérable Kalou Rinpoché42
(Années de vie: 1903–1989)
Ce Maître spirituel appartient à notre époque: il a quitté ce monde relativement récemment, en 1989. Kalou Rinpoché était un gourou de méditation d'un très haut niveau. Son nom spirituel – Kalou Rinpoché – signifie «Lama Apportant la Lumière». Comme les yogis mentionnés ci-dessus, il appartenait à l'école Kagyü. Kalou Rinpoché était l'un des tout premiers Maîtres tibétains du bouddhisme en Occident.
À ce sujet, une anecdote intéressante mérite d'être mentionnée. En effet, alors qu'il se trouvait à Paris en 1976, Kalou Rinpoché a donné une initiation à deux personnalités très connues: le peintre et sculpteur Mikhaïl Chemiakine, ainsi qu'au poète, chanteur et acteur Vladimir Vissotski. L'épouse de Vissotski, Marina Vlady, l'actrice française, était également présente à cette rencontre et elle a relaté cet événement dans son livre Vladimir ou le vol arrêté. Ce témoignage précieux sera cité dans le volume III, chapitre 1, lorsque nous aborderons la pratique de l'observance des préceptes.
Kalou Rinpoché a donné un grand nombre de conférences et écrit de nombreux textes dont certaines citations seront proposées au fil de ce livre.
«Tous les êtres sensibles sont des Bouddhas, et seuls des voiles superficiels obscurcissent cet état. Une fois ces voiles enlevés, notre potentiel devient l'expérience de l'Éveil. Cela signifie que le niveau de réalisation est directement lié à la mesure dans laquelle nous avons été capables de purifier l'esprit de l'ignorance et de la confusion.»43
Bodhidharma
(sanskrit: बोधिधर्म, Bodhidharma, littéralement «voyant le Dharma»)
Les dates exactes de la vie de Bodhidharma ne sont pas connues avec certitude. La vie de Bodhidharma est mentionnée dans le traité Les Annales de la transmission de la lumière de la lampe, rédigé en l'an 1004 par le moine Zen Daoyuan, au début de la dynastie Song. Ce traité indique deux dates clés concernant Bodhidharma: l'an 527 de notre ère, moment de son arrivée en Chine, et l'an 536: «Depuis l'annonce de la mort du Maître (536–?), jusqu'à la première année de l'ère Jinde de la dynastie Song (1004), il s'est écoulé 467 ans». Or, si l'on soustrait 467 de 1004, il s'avère que Bodhidharma mourut en 537. Je pense que ce mystère chronologique s'explique probablement par le fait que le Grand Bodhidharma aurait quitté ce monde matériel – et donc la Chine – d'une manière très inhabituelle, comme je le décrirai plus loin.
Ainsi, en 527 après J.-C. (selon une autre version, exprimée notamment par le professeur D.T. Suzuki, ce serait en 520), Bodhidharma, moine bouddhiste ayant atteint un très haut niveau de réalisation spirituelle, arriva en Chine par voie maritime et entreprit de prêcher le Dharma à travers ses pérégrinations. Étant donné que Bodhidharma portait une barbe épaisse, il fut surnommé «le barbare barbu». En chinois, son nom est transcrit Putidamo (chinois: 菩提达摩, Pútí dá mó), ou abrégé de Damo (达摩, Dá mó), en japonais, on le connaît sous le nom de Daruma (だるま, Daruma).
Bodhidharma fut le 28e patriarche du bouddhisme après le Bouddha Sakyamuni44 lui-même.
Installé dans le monastère désormais mondialement célèbre de Shaolin, il passa, selon certaines sources, environ neuf ans en méditation. Par la suite, il fonda l'école bouddhiste Chan, devenant ainsi son premier patriarche. Lorsque cet enseignement atteignit les côtes du Japon, il reçut le nom désormais bien connu en Occident: le Zen.
Chan (tch'an-na) et Zen (zenna) dérivent du mot sanskrit dhyâna, qui signifie concentration méditative dans un état de Calme et de Contemplation45, menant à l'Illumination. D.T. Suzuki disait à propos de Bodhidharma, du Zen et de la vérité de l'Éveil ce qui suit:
«La réalité historique de Bodhidharma est parfois mise en doute, mais en ce qui concerne le Zen, cette question n'a aucune importance. Il lui suffit d'admettre, pour toute considération historique, que le Zen fit ses débuts en Chine, qu'il commença avec un instructeur bouddhiste venu de l'Inde avec un message spécial pour les bouddhistes chinois de l'époque, et que ce message n'était pas de l'espèce ordinaire qui peut être transmis par des paroles ou des écrits. Tout ce qui est raconté ou consigné sur Bodhidharma dans les annales du Zen et du bouddhisme en général peut correspondre ou ne pas correspondre à des faits réels, et l'on peut laisser aux historiens le soin d'examiner ceux-ci selon leurs méthodes propres; mais ce qui intéresse les adeptes du Zen, c'est la question: «Quel est le message du premier instructeur du Zen?»
…
«L'importance de la réalisation-de-soi dans la vie bouddhique a ainsi été reconnue par tous les fidèles disciples du Bouddha, sans égard à leurs divergences de doctrines, Hînayâna et Mahâyâna. Aussi inexplicable et inexprimable que soit la vérité de la réalisation-de-soi, tous les enseignements du bouddhisme se sont centrés autour d'elle, et le Zen, héritier de tout ce qui est intérieurement réalisable dans le bouddhisme, en a fidèlement transmis la tradition en élevant le satori au-dessus du ritualisme, de l'érudition et de toutes les formes de simple spéculation philosophique. Et s'il en était autrement, à quoi aurait servi l'apparition du Bouddha sur la terre? Que signifieraient la discipline et tous les exercices moraux et spirituels?»
Revenons maintenant à l'arrivée de Bodhidharma en Chine et examinons certains événements intéressants du point de vue du Dharma. Dans la Transmission de la lampe46 nous lisons ceci:
«Après avoir voyagé par mer pendant trois ans, Bodhidharma débarqua finalement sur les côtes méridionales (de la Chine) le 21 septembre de la 8e année de Pu-tung de la dynastie Liang (527).
Le gouverneur de la région de Guangzhou, Xiao Gao, le reçut avec tous les honneurs et envoya un rapport écrit au souverain Wudi. Dès que le souverain reçut ce rapport, il envoya immédiatement un émissaire spécial avec une invitation spéciale à Bodhidharma à sa cour. Finalement, le 1er octobre, le Maître arriva dans la ville de Jilin.
L'empereur demanda à Bodhidharma:
«Depuis mon accession au trône, j'ai érigé des temples, copié des soûtras, ordonné des moines. Combien de mérites ai-je acquis?
– Aucun mérite.
– Pourquoi aucun mérite?
– Tous ces actes ne sont que des sources impures de mérite. Ils font mûrir le fruit dérisoire de la renaissance en tant qu'être humain ou en tant que deva (dieu). Ils sont comme des ombres qui suivent la forme, sans avoir de réalité propre.
– Quels sont les vrais mérites?
– La connaissance est pure, merveilleuse et parfaite; son essence est vide et paisible. De tels mérites ne peuvent être acquis par des méthodes mondaines.
– Quel est le premier sens de l'Éveil saint?
– La vaste vacuité, sans rien de sacré.
– Qui est devant moi?
– Je ne sais pas.»
Le souverain ne pût pas comprendre ces paroles du mentor. Ayant compris que la nature profonde du souverain ne coïncidait pas avec ses pensées, le maître quitta secrètement les lieux et, le 19 du même mois, traversa la région située au sud du Yangzi. Le 23 novembre, il atteignit la ville de Luoyang».
Il existe une autre version de l'échange entre l'empereur et Bodhidharma:
«Le souverain Wudi demanda: «Quelle est la nature sacrée du Bouddha?»
Bodhidharma répondit: «On ne peut rien en dire, car elle est infinie, et rappelez-vous: “sacré” et “non sacré” sont des concepts du mental dualiste; dans la nature, il n'y a ni sacré ni non sacré. La nature est, tout simplement.»
Ce passage nous permet de comprendre que le bouddhisme existait déjà en Chine avant même l'arrivée de Bodhidharma. Les premiers soûtras bouddhistes avaient pénétré dans la Chine ancienne par la Route de la Soie, en provenance des royaumes d'Asie centrale, aux alentours des IIe et IIIe siècles de notre ère. Mais pourquoi alors l'arrivée du 28e Patriarche eut-elle un impact si considérable? C'est là que nous voyons les similitudes de Bodhidharma avec Nâgârjuna et Padmasambhava: ils avaient tous réalisé l'Éveil suprême. C'est pourquoi, à l'image du Bouddha Sakyamuni, il exposait le Dharma non pas à partir des textes (entendons ici: des dogmes), mais à partir de son expérience directe. C'est précisément pour cette raison que leurs noms sont à jamais gravés dans l'histoire du développement et de la diffusion du véritable Dharma.
Après sa conversation avec l'empereur Wudi, Bodhidharma se rendit au célèbre monastère de Shaolin, désormais connu dans le monde entier. Selon la légende, il y passa neuf années en méditation, assis face à un mur. Durant et après cette longue période de méditation, Damo transmit aux moines de Shaolin l'enseignement véritable du Dharma.
Il convient ici de faire un bref commentaire sur le niveau spirituel de Bodhidharma. Tout d'abord, il est évident qu'il avait atteint un très haut niveau d'Illumination avant son arrivée en Chine. Si cela n'avait pas été le cas, Bodhidharma n'aurait été qu'un simple missionnaire, prompt à se conformer aux attentes de l'empereur Wudi, au lieu de chercher à lui transmettre une vision directe de la vacuité.
Deuxièmement, Bodhidharma a passé neuf ans en méditation au monastère de Shaolin. Il est possible que cette durée de neuf années soit approximative: Damo aurait pu méditer plus ou moins longtemps. Ce qui importe, c'est autre chose. Au cours de cette méditation, Bodhidharma a manifestement fait l'expérience de l'Éveil encore plus profond. De plus, il est également évident qu'il a atteint l'état de samâdhi et la Libération. Deux éléments l'indiquent clairement.
1. Bodhidharma maîtrisait l'ancienne discipline de pratique indienne appelée kalaripayattu.
2. Il a quitté la Chine d'une manière très inhabituelle, typique de ceux qui ont réalisé la Libération par énergie.
Commençons par le premier point. Le kalaripayattu est une ancienne discipline de pratique qui réunit les enseignements du yoga, de l'ayurvéda et des arts martiaux. Le mot kalaripayattu signifie «combat (payattu) dans un lieu sacré (kalari)». En Inde, les pratiques de kalaripayattu sont traditionnellement effectuées dans des temples spécialement construits à cet effet – les temples de kalari.
Ce système permet de contrôler non seulement la conscience, mais aussi l'énergie. Ici, nous retrouvons les deux compagnons inséparables de toute pratique spirituelle authentique: la conscience et l'énergie. Ainsi, sachant que Bodhidharma pratiquait le kalaripayattu, nous pouvons raisonnablement supposer qu'il maîtrisait pleinement son énergie et qu'il était capable, grâce à cela, d'entrer dans un état de samâdhi complet.
Le fait que Bodhidharma maîtrisait le kalaripayattu est lié à un autre élément tout aussi significatif. On considère en effet que c'est le kalaripayattu qui est à l'origine des arts martiaux modernes. Par exemple, Bruce Lee affirmait que les arts martiaux étaient apparus en Inde il y a plus de 5 000 ans, faisant précisément référence au kalaripayattu. La principale contribution de Bodhidharma fut de faire découvrir à la Chine, puis au monde entier, un système complet d'arts martiaux. Par ailleurs, je tiens à souligner ici qu'il existait probablement, dans chaque pays, ses propres méthodes de combat à mains nues ou avec des armes. À titre d'exemple, les techniques des ermites taoïstes ont, au fil du temps, évolué pour devenir différents styles de wushu47. Cependant, l'art martial, en tant que système complet – d'abord pratique spirituelle, puis moyen de défense – trouvent leur origine dans les techniques de kalaripayattu que Bodhidharma transmit aux moines de Shaolin. C'est ainsi qu'est né, en Chine, le style externe (dur) du wushu, aujourd'hui mondialement connu sous le nom de style Shaolin (Shaolin Si Quan Fa «Kung-Fu Shaolin»).
Les raisons pour lesquelles Bodhidharma a transmis les techniques du kalaripayattu sont particulièrement intéressantes. Après avoir terminé sa méditation de neuf ans, il commença à enseigner aux moines. Cependant, à cette époque, les moines de Shaolin étaient si faibles physiquement et si paresseux qu'ils s'endormaient tout simplement pendant les sermons de Bodhidharma. Il comprit alors qu'il fallait adopter une approche yogique plutôt que bouddhiste classique – commencer non pas par le contrôle de la conscience, mais par le contrôle du corps physique, ce que l'on enseigne dans le yoga, une part essentielle du kalaripayattu. Les moines n'auraient tout simplement pas été en mesure de pratiquer les techniques de méditation, car leur corps et leur esprit n'y étaient pas du tout préparés.
Les techniques que Bodhidharma a transmit aux moines de Shaolin peuvent être divisées en deux groupes principaux.
Le premier groupe concerne les techniques visant à accroître la force intérieure – physique et spirituelle – par le nettoyage des canaux énergétiques et la transformation de l'énergie. Ces techniques sont appelées qigông48. Le mot qi (氣) signifie «énergie», et gông (功) signifie «travail» ou «effort consacré à atteindre la perfection». Ainsi, le qigông signifie littéralement «travail sur l'énergie».
Bodhidharma rédigea un traité intitulé Yi Jîn Jîng, littéralement le «Traité sur la transformation des muscles et des tendons», dans lequel il décrivait une méthode permettant de contrôler le mouvement de l'énergie à travers la tension et la relaxation du corps. Dans la préface au traité original du Yi Jîn Jîng sont décrits les résultats obtenus par une pratique prolongée:
«Je lui demandai quel était le bienfait de cette pratique. Il me répondit: la capacité de repousser les maladies – un; ne jamais être malade – deux; rester fort toute sa vie – trois; ne pas craindre la faim ni le froid – quatre; avoir plus de qualités masculines, d'intelligence et de beauté – cinq; la capacité d'extraire une perle de l'eau trouble – six; la capacité d'affronter sans peur toute attaque – sept; réussir dans son travail sans retard – c'est le huitième.
Mais tout cela n'est que de petits bénéfices. S'en servir comme base pour entrer dans le Tao de la bouddhéité – voilà le but ultime».
Ainsi, la première chose que Bodhidharma enseigna à ses disciples fut le qigông, permettant de contrôler l'énergie, ce qui constitue l'une des bases pour accéder à la méditation profonde et correcte. Il faut souligner ici que le qigông transmis par Bodhidharma repose sur l'enseignement du yoga.
Le deuxième groupe de techniques concerne les arts martiaux. À cette époque lointaine, lorsque les moines de Shaolin, suivant la tradition bouddhiste, partaient mendier, ils étaient souvent attaqués par des brigands. Parfois, les moines faibles, incapables de se défendre, étaient même tués ou gravement blessés. Bien entendu, tout ce que les moines recueillaient tombait entre les mains des bandits.
C'est ainsi que Bodhidharma transmit aux moines une série de mouvements corporels, qui fut plus tard connue sous le nom de «Les 18 mains de Luohan49». Ces mouvements, du point de vue des arts martiaux modernes, s'apparentaient à une série de gestes combinant blocages et frappes. Peu à peu, grâce à cette pratique, les moines renforcèrent leur condition physique, devenant aptes non seulement à maintenir de longues périodes de concentration mentale, mais aussi à l'autodéfense contre les voleurs, qui, avec le temps, commencèrent à craindre les moines du monastère de Shaolin, ce qui mit fin aux pillages.
Lorsque les techniques de transformation de l'énergie furent unifiées avec les arts du combat, il devint évident que l'efficacité des deux disciplines s'en trouva considérablement amplifiée. Cette synthèse des techniques, initiée par Bodhidharma et poursuivie par les générations suivantes de moines de Shaolin, marqua une nouvelle étape dans l'évolution des arts martiaux chinois: la naissance du qìgōng martial, tel que nous le connaissons aujourd'hui.
À propos du retour de Bodhidharma en Inde, les Annales de la transmission de la lumière de la lampe racontent ce qui suit:
«Au bout de neuf ans, le maître décida d'entreprendre un voyage de retour vers les régions occidentales de l'Inde. Il réunit ses disciples et leur dit: «Le moment de mon départ est venu, et je désire voir quelles sont vos réalisations.»
L'un de ses disciples, Tao-fu, dit: «Je crois que nous ne devons pas nous fier aux écrits, mais nous ne devons pas non plus nier la tradition écrite: c'est le caractère naturel de la Voie.»
Bodhidharma a dit: «Vous avez eu ma peau.»
Nun Tsoung-tch'ih a dit: «D'après ma compréhension c'est comme la joie qu'Ananda a éprouvée lorsqu'il a atteint la Terre Pure du Bouddha Aksobhya: cela ne peut être vu qu'en demeurant dans l'unité, et non dans la dualité.»
Bodhidharma a dit: «Vous avez eu ma chair.»
Tao-iu a dit: «Les quatre éléments50 sont vides et non-existants les cinq skandhas51. À mon avis, il n'est pas une seule chose qu'on puisse saisir comme réelle.»
Bodhidharma dit: «Vous avez eu mes os.»
Enfin, Houei-ko s'avança, s'inclina avec respect devant son maître et retourna s'asseoir.
«Vous avez mon essence, dit Bodhidharma, vous avez eu mon cœur.»
Dans le passage ci-dessus, les paroles de Bodhidharma résonnent avec celles de Nâgârjuna. Dans son célèbre commentaire sur le Soûtra du Diamant, Nâgârjuna dit: «La conduite morale est la peau, la méditation est la chair, la compréhension plus haute est l'os, l'esprit subtil et pur est le cœur».
Je voudrais maintenant raconter l'histoire extraordinaire du retour de Bodhidharma de Chine en Inde. Bien sûr, c'est une histoire à la frontière du mythe et de la réalité, mais elle contient un aspect extrêmement intéressant.
Ainsi, il existe deux versions. La première raconte qu'après le dialogue mentionné précédemment, Bodhidharma retourna en Inde.
Selon la deuxième version, Damo serait mort dans le monastère de Shaolin, où son corps aurait été enterré et une pierre tombale érigée. Peu après, un dignitaire envoyé par l'empereur depuis l'Inde revint en Chine pour collecter des soûtras bouddhistes. Le dignitaire raconta à l'empereur qu'il avait rencontré dans une auberge un vieux moine indien, qui s'avéra être Bodhidharma en personne. Bodhidharma aurait demandé au dignitaire de ne révéler à personne, surtout pas à l'empereur, leur rencontre. Mais ce dernier ne put garder le secret et confia sa rencontre avec Damo à l'empereur. Furieux, l'empereur lui dit que Damo était mort bien avant cette rencontre, ce qui signifiait soit que le dignitaire mentait ouvertement, soit qu'il avait rencontré quelqu'un se faisant passer pour Bodhidharma. Le dignitaire resta cependant ferme dans ses propos. L'empereur ordonna alors d'emprisonner le dignitaire. Il demandait régulièrement s'il avait changé d'avis, mais on lui répondit à chaque fois que le dignitaire était fermement convaincu d'avoir vu Bodhidharma lui-même. Finalement, l'empereur envoya ses hommes au monastère de Shaolin pour exhumer la tombe de Damo. À la place du corps, ils ne trouvèrent qu'une seule sandale de Bodhidharma, qui fut remise à l'empereur, stupéfait. Depuis ce temps, un monument à Shaolin commémore Bodhidharma, le représentant marchant pieds nus vers l'Inde, tenant dans sa main une sandale de moine.
Celui qui atteint la Libération peut, à sa volonté, dissoudre les quatre éléments constituant son corps physique, faisant ainsi disparaître ce corps. Par la suite, l'Être libéré transfère sa conscience dans un corps subtil astral, grâce auquel il peut partir dans le monde astral ou, s'il le souhaite, rester dans notre monde. Si cette légende concernant Bodhidharma est vraie, c'est probablement ce qui s'est passé. Le «Bodhidharma» rencontré par le dignitaire n'était autre que son corps astral, ayant l'apparence de son corps physique.
Parmi l'abondance des soûtras, Bodhidharma transmit à ses disciples un seul soûtra, qu'il considérait comme contenant les aspects essentiels de l'enseignement: le Lankâvatâra-Soûtra, le «Soûtra de l'apparition [de la Bonne Loi] à Lanka» – à laquelle je ferai plusieurs fois référence dans ce récit. Bodhidharma laissa peu de textes personnels. Toutefois, les pensées brillantes du Maître, nées de son expérience d'Éveil, je les présenterai au lecteur dans les chapitres appropriés.
