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Kitabı oku: «Dharma: telles que sont les choses. Expérience vécue et réalisations d’un pratiquant spirituel. Volume I. L’Univers», sayfa 8
Une autre «surprise linguistique» de ce genre peut être l'expression «personne ordinaire» ou «gens ordinaires». Je citerai ici D.T. Suzuki62, qui explique très bien le sens spécifique de cette expression:
«Dans la vision Mahâyâna, les êtres sont divisés en deux catégories principales: ceux qui sont éclairés et ceux qui sont ignorants. Les premiers sont appelés Bouddhas, y compris les Bodhisattvas, les Arhats et les Pratyekabouddhas, tandis que les seconds comprennent tous les autres êtres sous la désignation générale de bāla ou bāla-prithag-jana. Bāla signifie «non développé», «immature» ou «ignorant», et pṛithagjana signifie «homme ordinaire» autres que les êtres éclairés, c'est-à-dire les masses, ou les gens ordinaires dont l'esprit est préoccupé par la recherche de plaisirs égocentriques et qui ne sont pas éveillés au sens réel de la vie. Cette classe d'êtres est également appelée sarvasattva, «tous les êtres» ou les êtres sensibles. Le Bouddha, cependant, veut aider les ignorants, ce qui est la base de l'enseignement bouddhiste.»
Les Quatre Nobles Vérités
(sanskrit: चत्वारि आर्यसत्यानि, catvāri āryasatyāni;
pâli: චත්තාරි අරිය සච්චානි, cattāri ariya saccāni)
Le Bouddha Sakyamuni fut un brillant pratiquant et un grand Maître. Dans le tout premier sermon qu'il donna à ses cinq premiers disciples, le Bouddha exposa la formule universelle de tout le véritable Dharma ainsi que de l'ensemble du système de pratique spirituelle: les Quatre Nobles Vérités. En d'autres termes, tout l'enseignement peut être «condensé» dans les Quatre Vérités telles que le Bouddha les a expliquées. Je vais brièvement exposer ce principe ci-dessous, et je m'efforcerai de le développer pleinement dans les chapitres et volumes suivants.
Le sermon du Bouddha Sakyamuni, dans lequel il proclama les Quatre Nobles Vérités, fut ensuite consigné par écrit dans le Dhammacakkappavattana-sutta63, le «Soûtra de la mise en mouvement de la roue du Dharma».
Structure du livre
La Première et la Deuxième Nobles Vérités – le premier volume du livre
«Voici, ô moines, la Noble Vérité sur la Souffrance. La naissance est souffrance. La vieillesse est souffrance. La maladie est souffrance. La mort est souffrance. Le chagrin, la douleur, la tristesse et le désespoir sont souffrance. Être uni à ce que l'on déteste est souffrance. Être séparé de ce que l'on aime est souffrance. Ne pas obtenir ce que l'on désire est souffrance. En un mot, l'attachement aux cinq agrégats est souffrance.»
Les cinq skandhas, ou les cinq agrégats, sont les cinq éléments que nous considérons à tort comme notre soi, notre essence: le corps physique, les sensations, les images mentales, l'expérience passée, ainsi que les désirs ou les aversions qu'elle engendre (le samskâra, dont j'ai parlé plus haut), et enfin les connaissances discriminantes (informations) grâce auxquelles nous distinguons tout ce que nous percevons. Si nous sommes saisis par ces cinq agrégats, si nous croyons qu'ils constituent notre «moi», et que nous cherchons à en jouir ou à nous y attacher, alors, en plus des joies illusoires qu'ils procurent, nous subirons inévitablement aussi la souffrance.
Il existe, bien entendu, aussi un autre point de vue, selon lequel ce monde ne serait pas souffrance, mais pur plaisir. La divergence entre ces deux opinions réside dans la précision ou, au contraire, la confusion avec laquelle nous percevons les choses. Si vous observez les choses telles qu'elles sont, vous arriverez à la conclusion que tout est souffrance. Mais si votre regard est embué, et que vous ne remarquez que les aspects qui vous sont favorables, alors vous pouvez affirmer que ce monde est un monde de plaisir. Nous sommes libres de choisir le point de vue auquel nous nous rallions. Toutefois, du moment que nous sommes nés dans ce monde, notre corps sera inévitablement sujet à la maladie, au vieillissement, et finira par mourir. Tout au long de notre vie, nous ferons l'expérience de ce qui nous déplaît – «être uni à ce que l'on déteste». Tout bonheur sera inévitablement détruit, car la base de ce monde est l'impermanence, et c'est lorsqu'on se heurte à cette impermanence que la souffrance surgit – «être séparé de ce que l'on aime». Quand nous ne parvenons pas à satisfaire nos désirs, ou pire encore, quand nous recevons l'inverse de ce que nous désirions, nous souffrons d'insatisfaction – «ne pas obtenir ce que l'on désire».
Reconnaître ou ignorer ces trois types de souffrance – douleur physique et mentale, impermanence et insatisfaction – est une question de clarté d'esprit et de capacité à voir les faits tels qu'ils sont.
«Voici, ô moines, la Noble Vérité sur l'Origine de la Souffrance. C'est la soif de renaître, avec son cortège d'envies et de convoitises cherchant à s'assouvir tantôt ici, tantôt là. C'est la soif des plaisirs des sens, la soif du devenir et la soif du non-devenir.»
La soif est un désir intense dirigé vers un objet, et peut être comprise comme les désirs mondains fondés sur l'illusion, l'attachement et l'aversion.
L'illusion, ou l'ignorance, nous pousse à rechercher des plaisirs sensoriels momentanés, tout en nous empêchant de voir que tout plaisir reçu est illusoire. En conséquence, nous souffrons de l'impermanence.
En nourrissant en nous l'avidité et l'attachement, nous convoitons ce que nous croyons être source de bonheur. Autrement dit, nous aspirons à une existence heureuse grâce à la possession des objets auxquels nous sommes attachés ou que nous convoitons. Cependant, lorsque nous ne parvenons pas à satisfaire nos désirs (qui, par définition, ne peuvent être satisfaits) ou lorsque nous recevons quelque chose qui va à l'encontre de ces désirs, une souffrance profonde surgit, née d'une insatisfaction totale.
Lorsque nous haïssons quelqu'un ou quelque chose, nous désirons (nous avons soif) que cet objet de haine cesse d'exister. En conséquence, nous souffrons de douleurs physiques ou mentales chaque fois que nous entrons en contact avec cet objet détesté.
L'explication des deux premières Nobles Vérités est entièrement consacrée au premier tome de ce livre.
Les cinq agrégats mentionnés plus haut représentent tout ce que nous possédons. Ce sont eux qui nous relient aux trois mondes de l'univers: le monde du Désir, le monde de la Forme et le monde Sans Forme. Nous percevons ces mondes par l'intermédiaire de notre conscience, laquelle possède une structure à plusieurs niveaux. L'interaction entre les cinq agrégats, les trois mondes et la conscience multicouche constitue le fondement du fonctionnement de la loi du karma, selon laquelle tout acte que nous accomplissons nous revient sous la même forme. Tout cela sera décrit en détail dans le premier chapitre.
Les données qui prédominent en nous – l'information et expérience accumulées – déterminent une certaine manière de fonctionner de notre conscience, laquelle nous amène à accumuler à nouveau certains types de données. C'est ainsi que se forment différents mondes, y compris notre monde des humains et d'autres mondes qui diffèrent du nôtre; l'accumulation d'un certain élément conduit à la formation d'un monde correspondant à cet élément. Par exemple, si l'avidité – un attachement douloureux aux choses matérielles – domine en nous, alors, dans notre esprit et autour de nous, nous formons un monde de l'avidité, appelé dans les soûtras bouddhistes le «monde des esprits affamés». À l'inverse, si ce sont les vertus et le mérite qui prédominent en nous, nous formons un état de conscience supérieur à celui des êtres humains – un état propre aux demi-dieux (asuras) ou aux dieux (devas). Bien sûr, ces êtres ne sont pas parfaits, car ils appartiennent eux aussi au monde matériel. Je parlerai en détail des six mondes qui composent le monde matériel dans le deuxième chapitre.
Le troisième chapitre portera sur les états d'esprit qui transcendent le monde matériel: nous parlerons du subtil monde de la Forme, constitué par le son, et du monde Sans Forme, encore plus subtil, composé de lumière. J'y évoquerai les déités nobles et exaltées, les bodhisattvas et les bouddhas, qui résident dans ces mondes. Le thème du Nirvâna – un état de notre véritable essence, qui dépasse complètement les trois mondes de l'univers – sera également abordé.
Dans le quatrième chapitre, je parlerai de la loi fondamentale de la coproduction conditionnée. Cette loi explique comment et pourquoi l'univers a été créé, ainsi que les raisons de notre naissance dans ce monde. Les étapes de la coproduction conditionnée sont celles que nous expérimentons à chaque instant, dans la perception et la différenciation de tous les objets et phénomènes que nous rencontrons dans la vie quotidienne. Autrement dit, cette loi nous donne une réponse détaillée aux questions suivantes: pourquoi surgissent tel ou tel désir ou refus, pourquoi apparaissent la joie ou la souffrance.
Dans le chapitre cinq, en réunissant les connaissances des chapitres précédents, je parlerai des processus de la mort, de l'état intermédiaire et de la renaissance. C'est un enseignement d'une importance capitale, car tout être humain est mortel.
La Troisième Noble Vérité – le deuxième volume du livre
«Voici, ô moines, la Noble Vérité sur la Cessation de la Souffrance. C'est la cessation et l'extinction complète de cette soif. C'est précisément l'abandon, le renoncement, la délivrance, le détachement complet de cette soif.»
Cette Vérité indique le processus de la pratique spirituelle. Pour éviter tout malentendu, il convient ici d'apporter plusieurs explications importantes.
1. Le simple fait de s'éloigner de la soif, ou des désirs mondains, ne constitue pas en soi l'Illumination et la Libération. Imaginons une personne souffrant d'une addiction à l'alcool. Grâce à un médecin compétent et à sa propre force de volonté, elle cesse de boire. Évidemment, le fait qu'elle ne consomme pas d'alcool, pendant une semaine ou deux, ne signifie pas encore qu'elle est libérée de cette addiction. L'alcoolisme est une maladie, autrement dit, un état anormal, acquis et malsain de l'organisme. Ce qui est nécessaire, c'est de restaurer le fonctionnement normal de tous les organes, c'est-à-dire de ramener le corps à son état initial de santé.
Le même principe s'applique dans le cadre de la pratique spirituelle: nous devons ramener notre conscience et notre énergie à leur état originel, libre de haine, d'ignorance et d'attachement (convoitise), ces facteurs qui nous conduisent à souffrir – que ce soit par la douleur, l'impermanence ou l'insatisfaction, respectivement. Dans cet état originel, notre soif – ou nos désirs mondains – est complètement suspendue, comme l'indique le Bouddha dans la Troisième Vérité; le retour de l'esprit à son état initial de Calme et de Contemplation est le processus de l'Éveil. L'accumulation, la purification, l'éveil et la transformation de l'énergie constituent le processus de Libération.
2. Imaginons cependant une personne envahie par la haine envers les autres, se livrant à des plaisirs primitifs et éphémères, et se réjouissant de sa propre cupidité. Pourra-t-elle, en étudiant le Dharma, acquérir une vue juste, puis, une fois la conscience apaisée, pratiquer la méditation? Tant qu'elle est plongée dans la haine, l'ignorance et l'avidité, cela est impossible. C'est pourquoi le premier pas consiste à s'éloigner des passions basses, en respectant rigoureusement les préceptes. Tout comme dans le cas de l'alcoolisme, la première étape vers la guérison est l'abandon de l'alcool. Cependant, nous devons comprendre que le pratiquant spirituel qui observe strictement les préceptes et réfrène ses passions n'a pas encore réalisé l'Illumination ni atteint la Libération, mais qu'il a déjà fait un pas gigantesque vers son état originel.
3. Dans la pratique spirituelle, on peut souvent observer la situation suivante. Reprenons l'exemple illustratif de la dépendance à l'alcool. Un individu, grâce à un médecin compétent et à sa propre force de volonté, cesse de consommer de l'alcool. À ce moment-là, quelqu'un qui «comprend bien la vie» pourrait dire: «Le pauvre (voire: le sot), il ne pourra plus profiter de la vie et s'amuser!» Une telle opinion n'est même pas de l'ignorance fondamentale, mais une ignorance animale. De la même manière que pour une personne souffrant d'alcoolisme, pour un pratiquant spirituel qui aspire à l'Éveil et à la Libération de la souffrance, la condition indispensable est la suppression et l'éloignement des désirs mondains. Cependant, cet éloignement ne concerne pas le véritable bonheur, la joie authentique, la liberté parfaite, qui nous appartiennent de manière innée et qui sont notre véritable nature; pourtant, il s'agit d'un éloignement de ce qui ne fait que ressembler à du plaisir, mais qui, en réalité, entraîne des souffrances sans fin.
Je parlerai en détail du processus d'Illumination et de Libération, ainsi que de la voie générale de la pratique spirituelle, dans le deuxième volume.
La Quatrième Noble Vérité – le troisième volume du livre
«Voici, ô moines, la Noble Vérité sur le Chemin qui mène à la Cessation de la Souffrance. C'est le noble sentier des huit pratiques justes, à savoir la vue juste, la pensée juste, la parole juste, l'action juste, les moyens d'existence justes, l'effort juste, la pleine conscience juste et la concentration juste.»
La Quatrième Vérité nous parle de méthodes concrètes de pratique spirituelle. Il existe une multitude de méthodes de pratique dans le bouddhisme, le yoga et le taoïsme. Par exemple, le Bouddha Sakyamuni enseignait non seulement l'Octuple Sentier, mais aussi les 37 auxiliaires de l'Éveil, qui incluent le Noble Octuple Sentier. Dans le Mahâyâna, on pratique les Six Pâramitâs; dans le yoga, les Huit Piliers décrits dans les Yoga Soûtras de Patanjali; et dans le taoïsme, il y a les pratiques du Xingong et du Mingong. Toutes ces chemins spirituels diffèrent par leurs noms, parfois par leur forme, mais leur contenu et leurs objectifs sont identiques. J'en parlerai en détail de tout cela dans le troisième volume.
Commençons donc notre voyage dans le monde de la vraie réalité, dans le monde du Dharma véritable.
Chapitre 1
Les cinq agrégats (cinq skandhas)
Les trois mondes de l'Univers et la structure de la conscience
«Les cinq agrégats sont de véritables fardeaux,
Le porteur du fardeau est la personne.
Prendre le fardeau, c'est souffrir dans le monde,
Se débarrasser du fardeau, c'est la félicité.
Après avoir déposé le lourd fardeau
Sans prendre un autre fardeau,
Ayant retiré le désir avec sa racine,
On est libéré de la soif, pleinement apaisé.»64
I. Les cinq agrégats et les trois mondes
Je pense ne pas me tromper en affirmant que chacun d'entre nous s'est posé au moins une fois dans sa vie la question: «Qui suis-je?» Mais avons-nous réellement trouvé une réponse? Suis-je ce corps physique? Suis-je mes sentiments, mes pensées ou mes émotions? Ou bien suis-je quelque chose d'autre? Par exemple, moi, personnellement, quand j'étais enfant, je me demandai: si je n'étais pas né dans ce monde, de ces parents, alors où serais-je né, serais-je né quelque part, ou ne serais-je pas né du tout?
L'enseignement sur les cinq agrégats permet de s'approcher de la compréhension de telles questions. Après tout, les cinq agrégats représentent tout ce que nous possédons, tout ce que nous prenons à tort pour notre moi; c'est tout ce qui constitue à la fois le grand et le petit univers, ainsi que notre petit monde personnel dans lequel nous vivons à présent.
Pour rendre cet enseignement plus compréhensible, je vais essayer d'expliquer ces cinq éléments, à la fois du point de vue du Dharma et dans une perspective plus «quotidienne», plus accessible à l'homme moderne.
Commençons par clarifier la terminologie. Les cinq agrégats eux-mêmes sont appelés en pâli pancha khandha (පංච ඛන්ධ, pañca khandha) et en sanskrit pancha skandhi (पञ्चस्कन्धी, pañcaskandhi). Le mot pancha signifie «cinq», tandis que skandhi ou khandha signifie «accumulation», «collection», «agrégat». Ainsi, nous avons les cinq agrégats, ou cinq skandhas. Ces cinq facteurs sont les suivants:
1. Le corps physique ou forme matérielle: en pâli et sanskrit rūpa.
2. Les sensations (sentiments): en pâli et sanskrit vēdanā.
3. Les représentations ou images mentales: en pâli saññā; en sanscrit saṃjñā.
4. L'expérience formée ou formations volitionnelles: en pâli sankhāra; en sanskrit saṃskāra.
5. La conscience discriminante: en pâli viññāṇa; en sanskrit vijñāna.
Malheureusement, ni une simple énumération, ni les débats autour de la manière «correcte» de traduire ces termes du pâli ou du sanskrit ne nous rapprochent véritablement de la compréhension de la nature de ces cinq agrégats.
Avant tout, il faut préciser que les cinq agrégats ne sont pas cinq facteurs séparés et indépendants les uns des autres. Bien au contraire, les cinq agrégats constituent un mécanisme unique, dont tous les agrégats sont interdépendants. Les cinq skandhas peuvent être comparés aux systèmes du corps humain. Par exemple, nous avons le système cardiovasculaire, le tractus gastrointestinal, le système nerveux, l'appareil locomoteur, etc. Tous ces systèmes sont étroitement liés entre eux et exercent une forte influence les uns sur les autres. Mais, bien sûr, nous comprenons aussi que, par exemple, l'estomac et le cerveau appartiennent à des systèmes différents, bien qu'ils soient interconnectés, comme tous les organes de notre corps. Il en va de même pour les cinq agrégats: bien qu'étroitement liés, ils ont des fonctions distinctes et appartiennent à différents niveaux de conscience.
Commençons donc notre étude des cinq agrégats par les aspects les plus extérieurs, en avançant progressivement vers les plus intérieurs.
1. Le corps physique
Rûpa (sanskrit: रूप, rūpa, pâli: රූප, rūpa)
Le mot rûpa signifie littéralement «forme»; autrement dit, cela désigne toutes les formes ou, pour parler dans le langage contemporain, les objets, les choses, les êtres animés et inanimés que nous pouvons voir ou percevoir, tels que les maisons et les arbres, les autres personnes, ou encore les voitures qui passent dans la rue.
«Quelle que soit la forme – passée, future ou présente, interne ou externe, grossière ou subtile, inférieure ou supérieure, lointaine ou proche – on l'appelle l'agrégat de la forme.»65
Bien sûr, tous ces objets extérieurs exercent une influence sur nous et sur notre vie. Cependant, la plus grande influence est celle de la forme qui nous est la plus proche: notre propre corps physique. C'est lui qui nous impose tant de limites et qui, en plus de quelques joies éphémères, nous inflige aussi des souffrances inévitables – telles que la maladie, la vieillesse et la mort. C'est pourquoi lorsque nous parlons du premier des cinq agrégats, nous faisons avant tout référence à notre corps physique.
Ainsi, chacun d'entre nous possède un corps physique, qui sert de support à notre conscience. Il existe deux manières principales d'envisager ce corps physique: la perspective bouddhiste et la perspective yogique. La première consiste à observer notre corps physique de manière anatomique, exactement comme on nous l'a enseigné à l'école, en biologie. Le but d'un tel examen est de comprendre que ce corps physique n'est pas notre véritable nature, mais simplement une matière formée d'une substance grossière, qui fonctionne indépendamment de nous à travers divers processus physiologiques. Le regard yogique, quant à lui, considère le corps comme une combinaison des Cinq éléments. L'Élément Terre correspond aux composants solides (par exemple, les os), l'Élément Eau aux composants liquides (comme le sang), l'Élément Feu à la température corporelle, l'Élément Vent à la respiration et au mouvement de l'énergie, et l'Élément Espace aux vides et aux cavités présents dans notre corps. Il convient de noter que la première voie – l'observation anatomique du corps physique – mène à l'Illumination, tandis que la seconde – l'observation et la transformation énergétique des Cinq Éléments – constitue la voie de la Libération66. Dans les deux cas, ce sont des moyens de transcender les souffrances qui ne manqueront pas d'apparaître tant que nous posséderons un corps physique.
Je parlerai du processus de l'Éveil et de celui de la Libération dans le deuxième volume du livre, respectivement dans les chapitres 1 et 2. Ici, cependant, il est nécessaire de réfléchir à la question suivante: dans quel monde se trouve notre corps physique, et de quel monde s'agit-il exactement? Il est évident que c'est le monde matériel, celui dans lequel nous vivons actuellement. Il est constitué d'une substance grossière. Dans la terminologie bouddhiste, ce monde est appelé le monde du Désir (sanskrit: कामलोक, kāmaloka; pâli: කාම ලොක, kāma loka), où kâma signifie «désir», «passion», et loka signifie «monde», «sphère». Ce monde est également appelé le monde des phénomènes ou le monde des apparences.
Dans le monde du Désir, l'énergie dominante est celle de la chaleur. Bien entendu, on y trouve aussi de l'énergie sonore et de l'énergie lumineuse, mais c'est l'énergie thermique qui prédomine – cela est facile à comprendre: tous les processus dans le monde matériel se produisent soit grâce à l'absorption, soit grâce à la libération d'énergie calorifique. L'énergie thermique reflète nos désirs: lorsque nous désirons fortement ou rejetons quelque chose avec intensité, un type spécifique d'énergie thermique est généré67.
Puisque nous avons abordé la question de l'énergie, selon l'enseignement du yoga, il existe trois énergies essentielles: rajas (énergie de la chaleur), tamas (énergie du son) et sattva (énergie de la lumière). Ces trois énergies forment l'univers tout entier – un sujet que j'expliquerai en détail au chapitre 4 de ce volume.
